1280. Le Roi d'Angleterre
Edouard le Sec (Patrick McGoohan) réclame la souveraineté sur l'Ecosse.
Malcolm Wallace (Sean Lawlor), un patriote, est tué lors d'un combat.
Son fils, William (James Robinson), âgé d'une dizaine d'années, est
recueilli par le frère du défunt, Argyle (Brian Cox). Une quinzaine
d'années plus tard, le rêve de William Wallace (Mel Gibson) est de
cultiver sa terre en paix et de fonder une famille. Il s'unit en secret
à son amie d'enfance, Murron MacClannough (Catherine McCormack). Mais
celle-ci est tuée par les Anglais. Fou de douleur, le jeune homme prend
la tête d'une petite troupe et commence à combattre les garnisons
anglaises...
Mel Gibson n'en est alors qu'à son deuxième film en tant que
réalisateur (après "L'homme sans visage"), et manifestement, il voit
grand. Alors que dix ans plus tard, dans "La Passion du Christ" et
"Apocalypto", les
scénarios se verront réduits à de simples étirements de violences plus
ou moins gratuites, plaqués sur une trame microscopique, il construit
ici une véritable histoire, certes riche en combats sauvages, mais
également foisonnante d'émotions diverses, de vie, de panache, de rêve,
d'amour, voire de romantisme. Il est un peu regrettable que Mel Gibson,
acteur, ne parvienne pas à se départir, surtout au cours de la première
partie, de ses petits tics humoristiques habituels, qui faisaient son
charme dans les "Arme Fatale",
mais qui ne sont pas toujours appropriés dans le cas présent. Quant à
sa perruque... bon, passons ! Dans un rôle presque similaire à celui
qu'il reprendra, cinq ans après, en tant que "The
Patriot", il parvient sans peine à nous entraîner à ses
côtés, à nous faire partager ses souffrances, ses espoirs, ses idéaux,
dans sa croisade contre les odieux Anglais, tant sa fougue et son
énergie semblent jaillir de ses tripes. Son personnage,
entier, inflexible, jusqu'au boutiste dans son appétit de liberté,
n'est pas plus nuancé que celui de son ennemi mortel, le roi Edouard,
franche pourriture du commencement jusqu'à la fin. Mais ce monolithisme
ne nuit pas plus à la crédibilité de l'histoire qu'à l'intensité
dramatique, car l'enivrement, la passion de part et d'autre, sont tels,
qu'ils emportent tout sur leur passage. D'autant plus qu'autour de ces
deux figures de proue, gravitent divers personnages plus ambigus, plus
complexes, (au premier rang desquels le troublant Robert Bruce (Angus
Macfadyen)), dont les valses-hésitations illustrent la difficulté
qu'avait le pays de trouver son unité, cela d'autant plus que Wallace
était un roturier. Entre batailles rangées, rivalités des clans,
trahisons des nobles, barbarie royale, et romantisme enivré (ah les
paysages écossais en clair-obscur !), l'histoire visite, avec
bouillonnement, véhémence et bonheur les aspirations universelles de la
société et de l'individu : la liberté et l'amour. Mel Gibson se réserve
une fin inoubliable, dans laquelle, peut-être, il se sentait déjà le
fils spirituel de celui qui allait être son "héros" suivant :
Jésus-Christ... Quant à la musique... Tout simplement superbe. Un seul
regret : que la beauté radieuse de Catherine McCormack n'illumine
qu'une bien courte partie de l'oeuvre...