Dans un avenir indéterminé,
le monde est devenu la propriété d'une machinerie sans âme dans
laquelle la bureaucratie est reine. Les services des Archives et de la
recherche d'information croulent sous des tonnes de paperasses. Aucune
faute n'est permise. Pourtant c'est une erreur de frappe, causée par un
insecte minuscule et dérisoire, qui va faire basculer la vie du
tranquille Sam Lowry (Jonathan Price), affecté aux archives. Archibald
Buttle (Brian Miller), un paisible père de famille, est brutalement arrêté par la
police alors que la cible visée était Archibald "Harry" Tuttle (Robert de
Niro), ouvrier chauffagiste rebelle et indépendant. Sam fait la
connaissance fugace d'une mystérieuse et jolie jeune femme, Jill Layton
(Kim Greist), et désormais ne pense plus qu'à la retrouver...
Devenue, à juste titre, culte au fil des ans, cette oeuvre visionnaire,
symbolique, bourrée d'inventivité visuelle et narrative, laisse le
spectateur totalement déconcerté. Doit-il rire aux éclats devant ces
délires hyper-courtelinesques, dans lesquels l'ogre de la bureaucratie
dévore à n'en plus finir des montagnes de papiers totalement inutiles ?
Ou bien doit-il pleurer d'affliction et de désespoir devant ce
piétinement de la personnalité humaine, absorbée symboliquement dans
ces kilomètres de tuyaux, véritables serpents-entrailles d'un système
impersonnel, invisible et dégénéré ? A vrai dire, c'est une oscillation
perpétuelle entre ces extrêmes qui emporte le témoin de cette descente
aux enfers à la fois prémonitoire et régressive ( la déshumanisation
qui est en cours actuellement prendra sans nul doute une apparence
beaucoup plus moderne et policée que celle proposée ici ! ). Avec pour
seuls échappatoires ponctuels, comme pour le pitoyable héros de
l'histoire, un envol onirique sous la forme d'un chevalier Icare en
armure parcourant l'espace pour sauver sa belle des griffes d'un
monstre mécanique. Grâce à des décors fantasmagoriques particulièrement
réussis, à une mise en scène débordante d'imagination créatrice, le
réalisateur nous plonge corps et âme dans un univers cauchemardesque,
mortifère, dont l'individu ne peut s'échapper que sous forme de
bouillie puante, à l'image d'Ida Lowry (Katherine Helmond), obsédée par
le rajeunissement du véhicule corporel, ou sous forme de zombie
amnésique, perdu dans son rêve d'amour impossible.
Une grande réussite aussi jouissive que traumatisante.