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" Broken  Flowers ",     1997,

de : Jim  Jarmusch,

avec : Bill Murray, Julie Delpy, Sharon Stone, Christopher McDonald, Chloe Sevigny, Frances Conroy, Jeffrey Wright, Jessica Lange,

Musique : Mulatu Astatke, Gabriel Fauré

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    Don Johnston (Bill Murray) est un Don Juan fatigué, à l'orée de la vieillesse. Sa dernière conquête en date, Sherry (Julie Delpy), vient de le plaquer. Il reçoit une lettre anonyme écrite par une ancienne maîtresse, l'informant qu'il est père d'un fils de 19 ans. Son voisin et ami Winston (Jeffrey Wright), grand amateur d'enquêtes policières, décide d'effectuer des recherches à la place de Don. Ce dernier ayant consenti à livrer à Winston cinq noms de femmes ayant pu être enceintes, il se voit remettre par son ami un itinéraire à parcourir pour découvrir la clé de l'énigme...

    S'éloignant de plus en plus des excès comico-dépressifs qu'il affichait, par exemple, dans "Quoi de neuf, Bob ?", Bill Murray se rapproche, presque dangereusement !, du no man's land expressif intégral. Son personnage de voyageur paumé dans "Lost in Translation" constituait déjà une incursion dans le domaine de l'ascétisme communicatif. Dans le cas présent, le personnage qu'il habite, si l'on peut employer ce verbe pour caractériser la manifestation d'un être intérieur aussi absent, glisse à la surface de la vie avec plus de légèreté qu'un papillon sur une fleur. Durant toute la durée de l'histoire, seul son regard semble vivant. 

    Fidèle au minimalisme qui transformait déjà "Dead Man" en un pensum particulièrement soporifique, Jim Jarmusch repique au jeu en construisant un scénario dont le moins que l'on puisse dire est qu'il n'a pas dû donner des crampes neuronales à son concepteur ! Mélange de quête intérieure (mais encore faudrait-il pour qu'il y ait quête qu'une évolution, si minime soit-elle, se fasse sentir !), et de road movie atone, la narration ne conduit pas, comme c'est la coutume, d'un point A jusqu'à un point Z, mais d'un point A vers son frère jumeau A'. Autant dire que le voyage ne bouscule pas les idéologies internes du "héros". L'austérité expressive peut se révéler juste et constructive, à partir de l'instant où elle permet à la matrice profonde de jaillir dans sa plénitude sans être restreinte, mutilée, par un écrin trop luxuriant. Mais, en l'occurrence, elle ne sert qu'à mettre en exergue le vide scénaristique ambiant. La "nostalgique encore amoureuse" : Laura (Sharon Stone), le "glaçon mystérieux" : Dora (Frances Conroy), la "mystique allumée" : Carmen (Jessica Lange), "l'hystérique vindicative" : Penny (Tilda Swinton)... Quatre personnalités stylisées qui, loin de générer un bouillonnement intérieur régénérateur chez leur amant commun, semblent réduites à l'état de jalons abstraits pour un touriste apathique. Quant au dénouement... ceux qui ont vu le film comprendront pourquoi il est inutile de le mentionner !

    Le plus étonnant demeure que cet ensemble transparent se regarde avec un certain plaisir. Un peu à la manière dont on écoute, les yeux fermés, un nocturne de Chopin. Au fil des séquences, des plans fixes, s'installe une petite musique languissante, qui finit par exercer sur la conscience somnolente un commencement de fascination. Mais lorsque le générique se déroule, lorsque l'éveil se réalise, il est difficile de ne pas se dire que cet interlude longuet frôlait dangereusement l'insipide...

Bernard  Sellier  

  

 

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