Le pénitencier de Wakefield est un enfer. Une
nouvelle cargaison de détenus arrive "en pension". Parmi eux, un homme
étrange, Henri Brubaker (Robert Redford). Il assiste pendant quelques
semaines, passivement, aux exactions et violences en tous genres des
condamnés "sur parole", transformés en gardiens. Le jour où Walter
(Morgan Freeman) pète les plombs, il jette le masque. Il n'est pas un
condamné anonyme, mais le futur directeur de la prison, envoyé par les
services du Gouverneur afin de mettre fin au désordre que son
prédécesseur a laissé s'installer. Mais réformer n'est pas entreprise
aisée...
Difficile fonction que celle de "justicier". Il ne faut d'ailleurs pas
prendre ce mot dans le sens basique de vengeur. Le but que Brubaker
entend atteindre n'est pas tant la condamnation des sadiques, que la
réintroduction d'un minimum de respect et d'humanité dans un univers
pourri jusqu'au coeur. L'intention est plus que louable, et Robert
Redford, obstiné, arc-bouté sur ses conceptions de la droiture, se
montre tout à fait convaincant. Le glissement qui, sous la pression
courageuse de Brubaker, s'opère de la noirceur sauvage interne à la
noirceur policée des responsables politiques, est, lui aussi,
intéressant. En revanche, si un certain nombre de personnages
secondaires se détachent de la foule (Larry Lee Bullen (David Keith),
Larry Lee Bullen (Yaphet Kotto), Huey Rauch (Tim McIntire), C.P.
Woodward (M. Emmet Walsh)), l'atmosphère générale ne dégage pas la
puissance que l'on trouve, par exemple, dans "Les
Evadés". Malgré quelques séquences fortes, quelques pics
dramatiques, l'ensemble laisse une impresion d'angélisme latent,
renforcé encore par la séquence finale, qui préfigure, avec moins de
charisme, l'exceptionnel dénouement du "Cercle des poètes disparus".
Cet aspect un peu "daté" n'empêche cependant pas l'oeuvre de poser des
questions majeures sur la coexistence difficile de la punition, du
respect, de la possibilité de réinsertion, et, ce qui est loin d'être
négligeable, sur la manière dont peut être réformée l'institution. A ce
titre, le personnage de Lillian Gray (Jane Alexander), tiraillée entre
son approbation des idéaux de Brubaker et son allégeance au Conseil
d'administration, est tout à fait symbolique de l'inertie pachydermique
du système.