Alphonse
Tram (Gérard Depardieu) fait un soir la connaissance, dans les couloirs
du métro, d'un comptable (Michel Serrault). Le couteau que porte
toujours Alphonse se retrouve dans le ventre de son interlocuteur.
Rentré chez lui, le jeune homme avoue à sa femme qu'il ne sait plus
très bien si c'est lui qui a planté la lame... Ayant appris qu'un
nouveau locataire a emménagé quelques étages plus haut, dans la tour
jusque là habitée seulement par le couple, Alphonse se présente au
nouveau venu. Il apprend avec joie qu'il s'agit d'un policier,
l'Inspecteur Morvandieu (Bernard Blier). Peu après, l'épouse
d'Alphonse est assassinée. Son assassin se présente bientôt, et les
trois hommes deviennent inséparables...
Les
amoureux de la logique, de la raison raisonnante, peuvent passer leur
chemin ! Bertrand Blier, grand amateur de créations irrévérencieuses
et cyniques ("Tenue de Soirée",
"Préparez vos mouchoirs",
"Les Valseuses"), se régale ici
dans une histoire à dormir debout, qui prend à contre-pied toutes les
conventions attendues. Tout à la fois comédie très macabre, vrai-faux
drame, pseudo thriller, le récit repose intégralement sur des
situations absurdes, décalées, non-sensiques, et sur des dialogues où
l'incongru le dispute au paradoxal. C'est surprenant, ébouriffant,
souvent excitant, mais, à la longue, fastidieux par sa répétitivité.
Si les poncifs, la rigueur mathématique, sont capables de générer,
lorsqu'ils sont excessifs, un ennui distingué, leurs opposés
génèrent, même s'il est moins distingué, le même effet, lorsque
leurs présences deviennent systématiques et permanentes. Quel est le
but de Bertrand Blier en concoctant cette aventure délirante aux
fondations vcolontairement douteuses ? C'est d'autant plus difficile à
dire que les élucubrations des personnages sont manifestement
orientées dans un sens unique : celui de la divagation saugrenue. Et,
malgré cette propension manifeste au "n'importe quoi pourvu que ce
soit invraisemblable", qui pourrait entraîner le spectateur dans
un tourbillon de folie furieuse, il se dégage de l'ensemble une sorte
de monotonie surprenante. Aucune véritable gradation au cours de la
narration. Commencement et fin vibrent sur la même longueur d'onde.
Comme si tous les protagonistes de cette valse macabre n'étaient que
des marionnettes agitées au même rythme, par la même main.
Finalement, l'adjectif qualificatif du titre ne s'applique pas seulement
au buffet, mais également à l'oeuvre toute entière...