Depuis
la mystérieuse
disparition, neuf ans plus tôt, de son petit garçon Lloyd, Agnes White
(Ashley Judd) vit seule dans une chambre de motel minable. Un jour, son
amie R.C. (Lynn Collins) lui présente un jeune homme, Peter Evans
(Michael Shannon). L'homme est un peu étrange, mais Agnes s'attache à
lui, ce qui n'est guère du goût de son ex-mari, Jerry Goss (Harry
Connick Jr.), récemment libéré de prison, qui effectue une réapparition
violente peu appréciée par la jeune femme. Bientôt Peter commence à
éprouver des démangeaisons provoquées, selon lui, par des insectes
vivant dans son sang...
William Friedkin ne travaille pas dans la
tiédeur. Que ce soit dans "L'Exorciste",
"Traqué", "La Chasse", il tutoie les extrêmes avec délectation. Et ce n'est pas cette oeuvre-ci qui le démentira. A l'opposé de "Traqué",
qui envoyait la psychologie au trente sixième dessous, "Bug" est
construit intégralement sur l'évolution vers l'abîme de deux esprits
que l'on aurait pu supposer, a priori, solides. Bien sûr, Agnes se
shoote à la cocaïne pour oublier la disparition de son fils et les
violences de son conjoint. Bien sûr Peter avoue d'emblée qu'il n'est
pas passionné par les femmes. Mais ce type de dérives ou de situations
ne sont pas franchement pathologiques. Pourtant, à partir de ces faits
apparemment bénins, le réalisateur va plonger, avec une subtilité qu'on
ne lui connaissait pas vraiment, dans les ramifications de plus en plus
véreuses des cerveaux de ses deux personnages. Tout commence par
une petite névrose, puis se poursuit par des troubles obsessionnels
majeurs, pour se clore dans une paranoïa délirante et authentiquement
terrifiante. S'il est sans conteste hautement efficace dans sa
démonstration visuelle et auditive, le propos de William Friedkin
semble en revanche plus limité dans son fondement. Peter évoque bien
une expérimentation pseudo-scientifique, les tentatives d'implantation
de la micro puce humaine, l'idée d'un complot mondial (voir le "Livre Jaune"...),
mais le choix scénaristique de se focaliser uniquement sur la
perturbation mentale de Peter sans faire intervenir une quelconque
autorité militaire pourtant souvent évoquée, rabaisse le drame à un
niveau purement individuel et, de ce fait, le limite. La situation
était quasiment la même dans le film de Robert Enrico "Le Secret", même
si la fin éclairait une parcelle du mystère. Quoi qu'il en soit, ce
huis-clos torride est d'une efficacité absolue, en grande partie grâce
à ses deux interprètes principaux qui paraissent littéralement habités
par leurs hallucinations.
> Le film
sur IMDB.com
Bernard
Sellier