Pour se moquer de l'orgueilleuse
prétention des plus grands détectives du monde, Lionel Twain (Truman
Capote) invite ceux-ci dans son château en leur annonçant qu'un meurtre
aura lieu pendant le week-end, les mettant ainsi au défi de découvrir
le coupable...
Nous assistons donc tout d'abord à l'arrivée mouvementée des lumières
policières, délicieusement stylisées et parodiques, dans les
personnages de Sydney Wang (inénarrable Peter Sellers) flanqué de son
fils adoptif, de Milo Perrier (James Coco), du flegmatique et distingué
Dick Charleston (David Niven, plus british que jamais), de Sam Diamond
(Peter Falk), sosie vulgaire et stupide du détective Chandlérien, de
Jessica Marbles (Elsa Lanchester) et de sa nounou qu'elle trimbale en
fauteuil roulant. Tout ce petit monde va vivre, pour la plus grande
joie du spectateur, un week-end de folie, truffé de trouvailles
plus délirantes les unes que les autres, orchestrées par un
majordome, Butler Bensonumum (Alec Guiness, grandiose), aveugle, qui
allume le feu des chambres au mileu du lit, donne les ordres culinaires
à une cuisinière sourde-muette, et sert avec flegme des louches d'un
potage inexistant !
L'énigme en elle-même constitue un agrément secondaire, tellement
l'environnement et les trouvailles tant scénaristiques que verbales (le
doublage, excellent, et la traduction des jeux de mots, certainement
méritoire, contribuent grandement à la réussite de la version
française) sont en eux-mêmes un régal jouissif permanent. Entre les
cadavres qui se volatilisent, les pièces qui se vident brusquement de
leurs occupants, les plafonds qui menacent d'aplatir les dormeurs, et
l'avalanche finale de révélations sur chacun des participants, le
spectateur n'a guère le temps de réfléchir aux subtilités de l'intrigue
et ressort aussi groggy que joyeux de cette avalanche de non-sens et de
délires en tous genres.
Un seul regret : qu'il me soit impossible (étant donné ma médiocrité en
anglais !) de goûter la version originale qui doit, logiquement,
receler des merveilles linguistiques, obligatoirement déformées par la
traduction...