Le capitaine Keith Mallory est chargé, pendant
la seconde guerre mondiale, d'une délicate mission : détruire les deux
énormes canons installés dans l'ile grecque de Navarone, afin de
permettre à six navires alliés de récupérer les deux mille soldats
bloqués sur l'île de Keros. Font partie de l'équipe le caporal John
Anthony Miller (David Niven), spécialiste en explosifs, le colonel grec
Andrea Stavros (Anthony Quinn), Brown "le boucher de Barcelone"
(Stanley Baker)... En cinq jours, les hommes doivent s'infiltrer dans
la région infestée d'Allemands, pénétrer dans la forteresse de Navarone
et détruire les canons... Difficile !...
Classique de la grande époque des films de guerre, depuis "le pont de
la rivière Kwaï" (1957) jusqu'à "la
grande évasion" (1963), en passant par "Lawrence d'Arabie"
(1962). Lorsque l'on dit "films de guerre", une précision s'impose. Ce
genre connaîtra une évolution permanente aboutissant au réalisme
horrifique de "Il faut sauver le soldat Ryan" ou encore "les larmes du soleil"
(2003).
"Les Canons de Navarone" est bâti sur un scénario simple, linéaire. On
part d'un point A, la description de la mission, pour aboutir au point
Z, la tâche accomplie. Entre les deux, une succession d'événements
classiques, routiniers même pourrait-on dire : tempête, déplacements,
escarmouches avec l'ennemi, traître dans l'équipe, difficultés
diverses. Des personnages solides, dominés par le trio Gregory Peck,
Anthony Quinn, David Niven. Une histoire fondée sur le dépassement de
soi dans un exploit a priori impossible. Tous les ingrédients utiles et
nécessaires à la réalisation d'une oeuvre passionnante. Et pourtant,
le résultat ne me semble pas à la hauteur des attentes. Sans
doute l'oeil a-t-il été modelé, inconsciemment, par l'évolution
cinématographique du genre, toujours est-il que l'ensemble paraît bien
convenu, et que l'on accorde plus d'attention aux maladresses et
faiblesses qu'à l'aspect positif et enthousiasmant.
La mise en scène est plate, se contentant d'aligner les scènes d'action
entre des pauses à l'intérêt mesuré. L'intensité dramatique semble
contenue, bridée. Une tentative louable est amorcée pour approfondir le
caractère des principaux protagonistes : états d'âme de Miller, sens
des responsabilités de Mallory, mais tout cela est bien falot, pour ne
pas dire artificiellement plaqué. Quant à la vraisemblance générale,
mieux vaut n'en pas parler. Roy Franklin (Anthony Quayle) a la jambe
fracturés, la gangrène s'installe, mais il ne semble jamais souffrir.
La tempête fait rage, la coque de noix qui transporte l'équipe est
ballottée en tous sens, mais les deux hommes discutent dans le poste de
pilotage sans quasiment bouger... Bref, il manque une poigne puissante
à la tête de la réalisation. Un homme capable de transformer cet
alignement sympathique en une coulée énergique qui saisit le spectateur
aux tripes et ne le lâche plus. C'est le cas, par exemple, pour le
remarquable "Quand
les aigles attaquent" qui, sur une base proche de celle-ci,
allie un scénario inventif, original à la tenue constante d'un suspense
magistral.
Les qualificatifs qui me viennent à la sortie de ce film sont :
gentillet, plaisant... Un comble pour un film de guerre !
Bernard
Sellier