Carrie White (Sissy Spacek)
n'est pas une adolescente comme les autres. Sa mère, Margaret (Piper
Laurie), obsédée par le Mal et le Péché, passe son temps à
évangéliser ses voisins, et à prier pour que Satan ne prenne pas
possession de sa fille. Un jour, à la suite d'un cours de gymnastique,
Carrie découvre que du sang coule de son ventre. N'ayant jamais entendu
par ler des règles, elle est affolée, ce qui provoque une moquerie
généralisée et agressive de ses collègues de lycée. Le professeur,
Miss Collins (Betty Buckley), outrée de l'attitude de ses élèves, les
punit sévèrement. L'une d'elles, Chris Hargensen (Nancy Allen), refuse
la sanction et prépare soigneusement une vengeance contre Carrie...
Contrairement
à "Obsession", sorti la même
année, le scénario de "Carrie" suit une trajectoire aussi
simple qu'implacable. Traumatisée jusqu'à la moelle par une mère
complètement disjonctée, qui voit le péché dans tous les actes et
pensées de la vie quotidienne, la malheureuse adolescente est en quête
désespérée d'une étincelle d'amour et de reconnaissance. Le choix de
Sissy Spacek se révèle particulièrement judicieux. Jouant sur toutes
les cordes de l'émotion, elle incarne son personnage, tant physiquement
que psychologiquement, avec une vérité, une incandescence
inoubliables. Tous les effets artistiques qui sont la marque du
réalisateur sont ici présents, mais intégrés avec art à la
tragédie. Les ralentis (un début sous la douche, bercé par
l'envoûtante musique de Pino Donaggio, qui sera repris, quatre ans plus
tard, dans "Pulsions"), une caméra
virevoltant autour du couple Carrie-Tommy Ross (William Katt) en train
de danser, ces moments de grâce établissent un contraste abrupt avec
les séquences cruelles qui se préparent dans l'ombre. Ici, pas de
dégénérés irradiés jusqu'aux os par d'hypothétiques radiations
("La colline a des yeux"),
pas de tueur sanguinaire qui multiplie les immolations sadiques. Une
jeune fille qui est, ou devrait être, l'incarnation de la pureté, de
l'amour, et qui, par le pouvoir mortifère de l'obsession
culpabilisatrice d'une mère, se transforme en une furie incontrôlable.
Trente ans après, l'oeuvre n'a rien perdu de son efficacité, et
l'émotion générée est toujours aussi intense...