Rick Blaine (Humphrey Bogart) tient une boite
de nuit qui attire le tout Casablanca. Nous sommes en 1942, et la
ville, tenue par les Français sous le commandement de Louis Renault
(Claude Rains), voit arriver des milliers de fugitifs qui tentent de
trouver des visas pour fuir l'Allemagne nazie, et gagner Lisbonne puis
l'Amérique. Deux envoyés du Reich ont été assassinés dans le train et
deux sauf-conduits vierges, signés par le Général Weygand, volés. Un
petit magouilleur, Guillermo Ugarte (Peter Lorre) les a en sa
possession et les confie à Rick peu avant d'être arrêté. Le soir même,
survient Victor Laszlo (Paul Henreid), qui a échappé trois fois aux
griffes de la police nazie, accompagné de sa femme, Ilsa (Ingrid
Bergman). Il devait contacter Ugarte afin d'obtenir les laissez-passer
nécessaires pour sa fuite. Ilsa est stupéfaite de retrouver, dans la
personne du patron des lieux, l'homme qu'elle avait aimé, quelques
années plus tôt, à Paris...
Un couple mythique, une réalisation sobrement efficace de Michael
Curtiz, à qui l'on doit de magnifiques films d'aventures ("L'aigle des
mers", 1940, "les Aventures de Robin des bois", 1938...), et une
histoire aussi simple que touchante, voilà qui a donné naissance à un
grand classique parmi les classiques, récompensé par plusieurs Oscars !
En quelques coups de pinceau, le décor multiracial, grouillant de
fugitifs, d'espions, de magouilleurs en tous genres, de fêtards, est
installé. Puis nous assistons à la lente réhumanisation d'un
homme grièvement blessé par l'amour. Ingrid Bergman, déchirée entre
deux hommes, est toujours sublime ; Humphrey Bogart, dans un personnage
dont le cynisme cache maladroitement la souffrance d'une plaie toujours
ouverte, demeure irremplaçable (pour ceux qui éprouvent une fascination
pour son masque passablement revêche) ; la narration est fluide,
délicatement nuancée, agréablement dialoguée ; les seconds rôles sont
habilement croqués. Mais j'avoue humblement que le traitement
cinématographique de cette tragédie mi-intime, mi-historique, au fond
assez prévisible, me touche modérément, sans doute en grande partie
parce que je n'ai jamais éprouvé de profonde sympathie pour Bogart. Et,
au risque de choquer nombre de fans, je me demande si l'œuvre aurait
conservé une telle aura, dans l'éventualité où un acteur
moins légendaire l'aurait remplacé. Ce qui est un faux problème, j'en
conviens, puisque c'est le charisme exceptionnel d'un interprète qui
peut, souvent, transfigurer un film ! Demeurent cependant quelques
scènes inspirées, en particulier celle de "la Marseillaise" qui couvre
progressivement le chant hitlérien.