"Le
Chiffre" (Mads Mikkelsen) est spécialiste dans le placement des
fortunes acquises par les tyrans politiques et autres mafieux de tous
bords. Mais il a deux importants défauts secrets : d'une part, celui de
jouer en bourse les fonds qui lui sont remis, ce qui n'est pas toujours
sans danger, surtout lorsque James Bond (Daniel Craig), récemment promu
double zéro, se met en travers de ses plans machiavéliques ; et
d'autre part, celui d'être un fanatique du poker. Après un échec
cuisant dans sa tentative de faire exploser le nouveau gros porteur,
afin de couler les actions de la compagnie aérienne, "Le
Chiffre", harcelé par ses "clients" décide de se
refaire en participant à un tournoi de poker au Bahamas. Bond obtient
des crédits de "M" (Judi Dench), pour tenter de contrer sa
tentative...
On n'y croyait plus ! Après une succession d'épisodes qui faisaient
des surenchères les plus ridicules un moyen d'expression artistique et
surtout de gain, quelqu'un a eu la bonne idée de revenir à la
conception d'une oeuvre sensée, dans laquelle le raisonnable et
l'humain reprennent une place prépondérante. Et l'idée de confier le
nouveau né à Martin Campbell, qui avait donné, avec "Goldeneye"
l'une des meilleures dernières moutures, était, elle aussi, de bon
augure. Au final, le résultat est rafraichissant, convaincant,
intéressant, mais pas réellement transcendant. Premier point positif,
l'apparition de Daniel Craig dans la peau du plus célèbre des agents
secrets. L'humour bon enfant de Roger Moore et la jovialité de Pierce
Brosnan sont passés à la trappe, pour laisser place à l'efficacité
sérieuse du musculeux nouveau venu. Ce n'est manifestement pas le genre
rigolard. Mâchoires verrouillées, oeil volcanique, il se fend d'un
sourire et demi en deux heures de film. Cette aridité ne nuit pas, bien
au contraire, à l'histoire. C'est le second point positif. Oubliés les
délires spectaculaires, les gadgets improbables, les aberrations
narratives. Si l'on excepte la course poursuite mouvementée du début,
le récit s'en tient à une suite de confrontations humaines, dans
lesquelles le vraisemblable n'est pas jeté aux orties. La psychologie
tient même une place de choix, comme en témoigne l'affrontement
introspectif de Bond et de Vesper Lynd (Eva Green), lors de leur
première rencontre.
Cela étant constaté, il n'y a pas lieu non plus de s'enthousiasmer
outre mesure devant le spectacle. Si une certaine forme d'intelligence a
pris le dessus, reste le fait que tout cela, même transposé en
2006, ( ce qui surprend assez pour une aventure James Bondesque
située à l'orée de la carrière de l'espion ), ( et manifestement
sponsorisé par Sony ! ), même servi par un nouveau visage, même
agrémenté d'un méchant aux larmes de sang, suinte tout de même un
peu le réchauffé.