Le Capitaine Wade Hunnicutt (Robert Mitchum)
est un riche propriétaire terrien du Texas, chasseur redoutable, aussi
bien dans le domaine des animaux que dans celui des femmes. Il échappe
de peu à la vengeance d'un mari jaloux, grâce à l'intervention du jeune
Raphael 'Rafe' Copley (George Peppard). Rentré chez lui, il décide
d'arracher son fils, Theron (George Hamilton), des jupes de sa mère,
pour en faire un successeur digne de lui...
Auteur de comédies musicales flamboyantes, Vincente Minnelli nous a
aussi légué des drames profondément émouvants, dans lesquels
sensibilité et sobriété se mêlent harmonieusement. La narration est
conduite d'une manière très classique, presque paisible, malgré les
émois et les souffrances intérieurs qui rongent la totalité des
personnages, et les éruptions volcaniques qui menacent fréquemment de
donner libre cours à leurs débordements. Le scénario épuré, digne d'une
tragédie classique, ne donne pourtant lieu que rarement à des
affrontements violents. Les combats psychologiques, les agressions
morales, se font, la plupart du temps, à fleurets mouchetés. Cette
retenue, cette distanciation, se manifestent aussi bien dans le fond
que dans la forme. L'absence quasi-totale de plans rapprochés surprend
passablement, à notre époque où les caméras scrutent, au plus près, les
regards, les gestes, les corps. Mais, une fois l'adaptation au style de
l'oeuvre opérée, il est impossible de ne pas être envoûté par le
parcours de ces êtres souffrants qui, chacun à leur manière, tentent de
couvrir les blessures de leurs âmes d'un baume cicatrisant illusoire.
Si les destins tragiques de Hannah (Eleanor Parker), de Wade, de Theron
(assez mal doublé dans la VF.), de Libby (Luana Patten), nous émeuvent,
c'est évidemment la personnalité hors du commun de Rafe qui procure à
l'histoire sa noblesse poignante et son aura spirituelle. Transcendant
la souffrance que lui a causé le rejet dont il est victime, il est
l'archétype quasi parfait de l'être qui transmute, de manière
alchimique, le négatif subi, pour en faire un ferment d'évolution
intérieure. Dépossédé de tout ce qui lui est dû, tant matériellement
que affectivement, il devient, par son attitude contructive, le double
inversé de Theron, dont la fragilité psychologique ne parvient pas à
faire fructifier les dons qu'il a reçus. Quant au final, il est d'une
simplicité sublime...