Deux
informaticiens récemment licenciés, Sylvain (Gilles Lellouche) et Vigo
(Jonathan Zaccaï), renversent une nuit un inconnu avec leur voiture.
L'homme est tué sur le coup. Moment d'affolement bien compréhensible,
d'autant plus que Sylvain, le conducteur, ivre et désespéré, conduisait
à 180 dans une zone limitée à 50. Lorsque les deux collègues découvrent
que le mort avait une mallette remplie de billets, ils conservent le
fric et font disparaître le corps. Quelques heures après, la police
retrouve, tout près du lieu de l'accident, le cadavre d'une fillette,
qui avait été enlevée et pour la libération de laquelle le ravisseur
avait demandé une rançon. Lucie Hennebelle (Mélanie Laurent), policier
et mère de deux jumelles, semble particulièrement affectée par le
drame...
Pour son premier film, Alfred Lot a choisi un scénario
multi-thèmes, à savoir un mélange de policier, de social, de drame
psychologique, de thriller, d'horreur. Cela fait évidemment beaucoup et
le résultat global est mitigé. Le commencement ne se place pas
sous des augures très favorables. La réalisation est basique, ignore
l'ellipse ou la suggestion qui seraient susceptibles de nourrir le
mystère, et aligne des séquences très écrites, à la limite de
l'artificiel, qui font plus d'une fois penser à un téléfilm moyen. Les
réunions entres flics, les situations convenues, les dialogues
poussifs, tout cela sonne relativement toc. Ensuite, l'histoire
s'enfonce dans le glauque, le sordide, avec l'installation d'une
atmosphère originale, mais moyennement convaincante. On sent le désir
des auteurs de faire vrai, de fortifier l'inquiétant, de descendre dans
le mystique pathologique, mais cette combinaison ne fonctionne jamais
vraiment à plein régime, comme si les éléments disparates avaient du
mal à créer un amalgame authentique et riche. Le film se place dans
le cas typique où l'intensité de l'ensemble est péniblement égal, voire
inférieur à la somme de ses constituants. La composition se veut
tellement démonstrative et appuyée que l'on a bien du mal à y adhérer,
même ponctuellement. Heureusement que Mélanie
Laurent habite l'oeuvre avec un magnétisme et une aura qui ne se
démentent pas une seconde. Elle permet au spectateur de focaliser
son attention sur sa personnalité fascinante, sur le mystère qui
accompagne sa vie, et d'oublier ainsi les aspects hétéroclites du
drame. De pardonner aussi le pompage assez gênant d'une scène majeure
du "Silence des agneaux", infiniment plus percutant et maîtrisé que cette "Chambre des morts" un tantinet laborieuse.
> Le film sur IMDB.com
Bernard
Sellier