Chicago, 1920. Velma Kelly (Catherine Zeta Jones)
se produit dans un numéro de danse avec sa soeur Veronica. Mais, ayant
trouvé celle-ci en compagnie de son mari Charlie, elle les tue.
Quelques jours plus tard, Roxie Hart (Renée Zellweger), épouse d'Amos
(John C. Reilly), tire sur son amant, Fred Casely (Dominic West), qui
lui avait promis une brillante carrière pour coucher avec elle. Les
deux femmes se retrouvent en prison. Là, règne "Mama" Morton (Queen
Latifah), qui s'enrichit en rendant des services plus ou moins
importants aux détenues dont elle a la garde. Parmi ceux-ci, le recours
à un avocat brillantissime, Billy Flynn (Richard Gere), qui n'a jamais
vu une de ses clientes être pendue...
Inventif, décapant, jouissif, explosif... C'est à un véritable feu
d'artifice visuel, narratif et sonore, que nous convie Rob Marshall.
Loin des comédies musicales aux trames transparentes ou aux scénarios
bien souvent nunuches, nous assistons ici à une satire délicieusement
mordante, dans laquelle l'humour vachard le dispute aux trouvailles
esthétiques originales. Le montage nerveux, pétillant, fait alterner
tout au long du récit deux mondes parallèles. Celui de la vie
ordinaire, tour à tour médiocre, tragique, pitoyable et sa
transfiguration chorégraphique dans un univers onirique où tout devient
possible, transmissible, métamorphosé. Par des allers et retours
incessants, le spectateur virevolte sans cesse dans des tourbillons
délirants, entre le réel et sa photocopie artistique, où le dérisoire
"je ne suis pas coupable" se transmue en "il a eu ce qu'il méritait,
l'ordure" (scène extraordinaire de la confession des
prisonnières).
Sous un aspect ludique et superficiel, parsemé de paillettes et de
strass, s'étale le monde typique du Chicago des années 20, totalement
pourri, s'opère un ponçage implacable de tout le vernis qui recouvre
événements et personnes. Le sommet de cette pourriture est évidemment
incarné magistralement par un Richard Gere atrocement odieux, régal de
veulerie hypocrite et de cynisme assumé. Mais pas un personnage
n'échappe à ce matraquage en règle, pas plus l'orgueilleuse Velma que
la rouée Roxie, toutes deux exceptionnelles dans des registres
différents, que Mama, reine de la compromission, ou encore Mary
Sunshine (Christine Baranski), précurseur des modernes journalistes
balais de chiottes, dont la stupidité se régale des potins les plus
porteurs de succès, et dont la course à ce qui deviendra l'audimat est
particulièrement jouissive. Le seul qui sorte du lot des arnaqueurs et
des profiteurs, c'est le pauvre Amos, mais c'est pour mieux atterrir
dans le jardin des imbéciles congénitaux prêts à gober
n'importe quelle couleuvre dès l'instant qu'elle lui est présentée
habilement. Quant à la population, elle est malléable, bête, en somme
l'équivalent absolu de ce que nous connaissons aujourd'hui grâce à la
mission hautement éducative de la télévision.
Mais, par la grâce de la danse, d'une musique constamment pétillante,
par le miracle d'une interprétation idyllique, ce cloaque devient un
monde magique, transcendé, où chaque instant est un régal pour les yeux
(chorégraphies bouillonnantes) et les oreilles (musique dynamisante qui
donnerait envie à un cadavre de se relever, et dialogues insolemment
vivants). Très différent de "Moulin-Rouge",
et absolument génial ! Même pour le piètre amateur de "comédies
musicales" que je suis...