David Sumner (Dustin Hoffman),
astro-mathématicien américain, vient d'arriver dans un coin perdu de
Grande Bretagne, au bord de la mer, pour écrire un ouvrage sur les
radiations inter-stellaires. Il habite, avec sa femme Amy (Susan
George) dans une vieille bâtisse que des hommes du village l'aident à
retaper. Parmi eux, Charlie Venner (Del Henney), un ancien soupirant
d'Amy. Le pub du village est le seul endroit animé. On y boit beaucoup,
en particulier Tom Hedden (Peter Vaughan), dont la fille Janice (Sally
Thomsett) court après tout ce qui porte un pantalon...
Ce film est rapidement devenu un classique, deux ans après "La Horde
sauvage", pour son apothéose de violence. Aujourd'hui, celle-ci semble
bien dérisoire à côté des horreurs façon "Hostel".
En revanche, la description psychologique, la progression dramatique et
le cheminement implacable vers le point de non retour, n'ont rien perdu
de leur efficacité. Petit bonhomme assez falot, relativement timide,
perdu au sein d'un monde qui lui est totalement étranger, entouré de
personnages primaires, stupides, constamment embrumés par l'alcool,
David est une sorte d'ovni naviguant dans son univers de formules
mathématiques. Naïf jusqu'à la bêtise (il subit la même humiliation que
le jeune Theron dans "Celui
par qui le scandale arrive"), il semble avoir définitivement
fait sienne la devise : fais semblant de ne rien voir, et tout
s'arrangera. Mais, paradoxalement, cette ligne de conduite
tranquillisante sera mise en pièces par une cause qui ne le touche
qu'indirectement.
En quelques scènes courtes, en un petit nombre d'échanges concis, le
réalisateur installe deux microcosmes destinés, a priori, à ne jamais
interférer. Celui d'un intellectuel étranger, absorbé par sa passion
et, occasionnellement, par sa charmante femme. Et celui d'un
groupuscule de villageois bornés, noyant leur ennui dans le whisky,
dont l'ignorance et la bêtise créent une atmosphère aussi lourdement
vénéneuse que celle qui baigne "La
Fille de Ryan". Tout comme dans le film de David Lean, ce
sont en fin de compte les personnages de femmes, en l'occurrence une
Amy profondément ambiguë, et, accessoirement une Janice nymphomane, qui
brisent le fragile équilibre existant.
Les aspects sensationnel, choquants, novateurs dans la représentation
de la violence, ont quasiment disparu. Il n'y a pas lieu de le
regretter, car cela permet d'apprécier pleinement l'oeuvre dans sa
dimension psychologique et dans son intensité tragique.