Pierre Morhange (Jacques Perrin), brillant
chef d'orchestre, donne un concert aux Etats-Unis, lorsqu'il apprend la
mort de sa mère, Violette (Marie Bunel). Revenu en France pour
l'enterrement, il rencontre Pépinot (Didier Flamand), qu'il avait connu
plusieurs dizaines d'années auparavant, lorsque tous deux étaient
internes dans l'école "Fond de l'étang", dirigée par le redoutable
Rachin (François Berléand), dont la méthode disciplinaire tient en deux
mots : action-réaction. Les deux hommes se remémorent cette année 1949,
qui avait vu l'arrivée d'un nouveau "pion", Clément Mathieu (Gérard
Jugnot)...
Malgré la fulgurante percée des adaptations
de jeux video, genre "Spider-man" ou "Daredevil", dans
lesquels la réalité quotidienne n'a plus aucune place, il existe
encore, manifestement, un créneau pour les réalisations "passéistes".
Il suffit de constater le succès étonnant de "Etre et avoir" ou de ces
"Choristes". Étonnement ne sous-entend pas "anormalité", loin de là. Il
serait tout de même passionnant, à l'époque où l'on ne peut plus sortir
aucune émission ou produit sans que des armadas de statisticiens
fournissent leurs études, de connaître la frange de population qui
fréquente les salles obscures pour voir "Catwoman" ou, à l'opposé, un
film tel que celui-ci. Est-ce la nostalgie des années cinquante qui
tenaille les soixantenaires actuels ? Peut-être...
En tout cas, je ne sais si cette école "spéciale" dirigée par une sorte
de monstre caricatural, violent et refoulé, dans lequel François
Berléand se régale, est le reflet d'une réalité ponctuelle, ou sort
uniquement de l'imagination d'un scénariste. Toujours est-il que,
lorsque j'ai eu le déplaisir de goûter aux premières classes dans de
bien sinistres conditions, en 1954-1955, si les instituteurs
ressemblaient malheureusement fort au sévérissime Rachin, les enfants,
eux, ne bronchaient pas le moins du monde ! Il est donc aussi
surprenant d'assister au foutoir généralisé qui accueille le pauvre
Clément, qu'il l'était de voir, en 2002, une classe aussi calmement
anachronique, que celle de Georges Lopez dans "Etre et avoir" !
Cela dit, le succès de cette oeuvre est tout à fait mérité et ne peut
que réjouir. Bien que les événements soient archi prévisibles (on n'a
aucun mal à prévoir que Mathieu va mettre ces petits rebelles dans sa
poche ; que l'arrivée du pathologique Mondain (Grégory Gatignol) va
provoquer des catastrophes...), et que le glissement du bordel violent
à l'harmonie chorale, voire fraternelle, ait mérité un traitement moins
abrupt, on "marche" tout de même de bon cœur, tant les acteurs se
fondent avec justesse et bonheur dans l'atmosphère générale. Gérard
Jugnot est totalement crédible dans le rôle, et le jeune Jean-Baptiste
Maunier, qui chante réellement, manifeste une profondeur tout à fait
bluffante. Christophe Barratier évite intelligemment tout
pathos. L'émotion chaleureuse, la tendresse larvée qui émanent de ce
"pion" a priori banal, ne versent jamais dans le sentimental larmoyant.
Et c'est bien ainsi.
Un critique, (Les Inrockuptibles), a écrit que "...cette comédie bien
franchouillarde pue surtout les bons sentiments". Pour ma part, je
trouve que les "bons sentiments", par eux-mêmes, ne "puent" jamais ! A
moins, peut-être, que les narines soient habituées à renifler
uniquement les poubelles. En revanche, ils peuvent être plus ou moins
subtilement amenés au cœur du public. Ici, il me semble que le bon goût
est de mise. Alors, même si le classicisme est roi, il n'y a aucune
honte à l'honorer...