Sandrine (Sabrina Seyvecou) est employée dans un bar. Elle fait
la connaissance de Nathalie (Coralie Revel), qui y effectue des
séances de strip-tease. Mises à la porte toutes les deux, elles
deviennent amies et Nathalie entreprend de faire l'éducation de la
jeune fille pour favoriser une ascension sociale qui tarde à venir.
Elles entrent comme secrétaires dans une grosse boîte dirigée par
Christophe (Fabrice Deville), dont la réputation est assez
exécrable. Elles ne tardent pas à gravir les échelons, mais tout ne
se déroule pas vraiment comme prévu...
Tout comme dans "Noce Blanche", l'un des thèmes
fondamentaux de ce film est la fascination. Celle qui fait s'associer
et se déchirer les êtres, mais aussi celle de l'argent, de la
réussite sociale et surtout du du pouvoir. Ici, dans le drame de ces
personnages, comme d'ailleurs dans la forme du film, l'artifice est
roi. La scène d'ouverture du film est, à ce titre, révélatrice.
Tout commence dans l'immobilité d'un tableau de nu, puis la machine
humaine se met en marche, saccadée, maniérée, à la façon d'une
personnalité qui se cherche et se heurte à l'inconnu, à
l'adversaire.
C'est à une sorte de marivaudage érotique que nous assistons
d'abord, avec son jeu, sa manipulation, l'observation de l'un et de
l'autre, la mise en place des pions sur l'échiquier. On a parfois
l'impression d'assister à du Rohmer qui aurait troqué la
masturbation intellectuelle qu'il inflige à ses personnages pour une
beaucoup plus charnelle. C'est intéressant, parfois longuet,
quelquefois à la limite de l'ennui, mais les rapports des deux jeunes
filles sont suffisamment forts pour entretenir la tension.
Avec l'introduction du personnage de Christophe, tout bascule petit à
petit. Le marivaudage devient lutte de puissance et les rapports de
force, jusqu'alors à sens unique, se modifient profondément. La
violence fait son apparition et ses tirades sur le mécanisme de la
création, tout aussi bien que ses choix de liberté acquis aux
dépens des faibles qu'il écrase avec jouissance, rappellent
étrangement les déclarations pseudo-philosophiques de Sade dans
"Justine" ou "Juliette". Le spectateur est alors
entraîné dans une spirale infernale qui culmine, si l'on peut dire,
dans la scène d'orgie du château. Certes, les tableaux sont filmés
avec beauté, mais, plus d'une fois, on flirte avec le ridicule sans,
il est vrai, y tomber. Car, paradoxalement, ce drame agressif, osé,
violent, explorant sans honte les tréfonds des personnalités
perverses et glauques, ouvrant des perspectives béantes sur la
liberté dans l'absence de contingences, donne l'impression, à la fin
de la vision, d'avoir été engoncé dans une forme cinématographique
rigide et pesante. La présence fréquente du récit monocorde en voix
off de Sandrine, le jeu de certains acteurs, parfois à la limite de
la récitation, le choix de musiques pas vraiment légères (la
Passion selon Saint Jean de Bach, ou Purcell) et la mise sous forme de
quasi peintures de cette lubricité ne sont pas étrangers à cette
sensation .
Assez passionnant, mais demeure tout de même un goût amer,
celui d'un jeu de non-amour.