Une favella dans la banlieue de Rio de
Janeiro, nommée, ironiquement, la "Cité de Dieu". Dans ce bidonville,
les choix offerts aux enfants sont simples. Une seule voie d'ascension
: devenir membres de l'un des gangs en place. Un seul métier d'avenir :
dealer. Un seul moyen de survivre : supprimer ceux qui se mettent en
travers de la route. Le petit Buscape (Alexandre Rodrigues) est le
témoin de divers changements dans la continuité : c'est d'abord le
règne éphémère du "Trio Ternura", puis la montée en puissance d'un
petit gamin apparemment minable qui, au fil des années, se transforme
en un tueur redoutable, Zé Pequeno (Leandro Firmino). En compagnie de
son inséparable acolyte, Bené (Phellipe Haagensen), il devient le roi
de la Cité...
"Film coup de poing" annonce l'affiche du film. C'est plutôt le terme
de "coup de canon" qu'il faudrait employer ! Rarement fond et forme se
sont unis dans une telle osmose visuelle et narrative. Il est
compréhensible qu'après avoir vu "The
Constant Gardener", certains critiques aient regretté que
Fernando Meirelles se soit "assagi". Lorsque l'Eglise catholique
décrivait les tourments d'un prétendu Enfer, elle n'imaginait sans
doute pas que celui-ci puisse prendre la forme que le réalisateur nous
offre. Si le crime gratuit, perpétré avec autant d'émotion que celle
qui accompagne un changement de chaussettes, a toujours fait partie
intégrante du monde des adultes, il n'en est naturellement pas de même
pour son incorporation dans l'univers de l'enfance, considéré comme le
dernier bastion de la pureté.
Ici, le terme est totalement ignoré. Comme dans un jeu video, dès leur
plus jeune âge, les gamins n'ont qu'un désir : prendre un révolver et
tirer sur tout ce qui bouge. C'est sidérant, atterrant, poignant,
désarmant. Car, là est sans doute le plus horrible, pas un seul rayon
de lumière, d'espoir, ne pointe. Il semble que cette manière de vivre,
ou plutôt de mourir vite et mal, soit une malédiction qui a toujours
existé et qui ne verra jamais de terme. Et ce n'est pas la perspective
d'un monde futur, dominé par les multinationales et le pouvoir du gain
obtenu à n'importe quel prix, qui risque d'inverser la tendance ! En ce
sens, l'histoire tragique que nous conte Fernando Meirelles dans son
adaptation récente du roman de John le Carré, emprunte les mêmes voies
de l'indignation, dans un registre différent. Oh, certes, le petit
Buscape s'en sort. L'exception qui confirme l'horrible évidence. Mais
tous les autres, tous ceux qui n'ont pas le courage, la force, l'envie,
de quitter la Cité, se verront balayés par le souffle de la folie
dégénérée qui souffle en permanence. Même Mané Galinha (Seu Jorge), qui
a pourtant réussi à se construire une existence positive, se verra
inéluctablement happé par le cyclone dévastateur. Après une telle
débauche de violence gratuite, une aussi traumatisante plongée dans
l'enfer, parler de la mise en scène semble bien futile ! Et pourtant,
elle contribue dans chacune de ses composantes (et elles sont
nombreuses : montage parfois hystérique, à l'image des protagonistes ;
double écran ; voix off qui n'affaiblit en rien l'énergie démente
inondant l'ensemble des séquences ; construction en flash-back...), à
l'efficacité immédiate de l'oeuvre.
Inoubliable.