Queslques instantanés saisis dans les
parcours vitaux d'un petit groupe de Parisiens. Il y a là Lionel
(Pierre Arditi), serveur, qui vit avec son père Arthur, grabataire et
hyper-agressif. Nicole (Laura Morante), qui cherche désespérément un
appartement à partager avec son compagnon Dan (Lambert Wilson),
ex-militaire devenu alcoolique. Thierry (André Dussollier), agent
immobilier d'âge mûr, qui espère trouver en sa secrétaire Charlotte
(Sabine Azema), confite en bondieuseries, une possible source de
tendresse...
Depuis "La Ronde" de Max Ophüls en 1950, le cinéma a souvent choisi de
grouper des personnalités diverses dont les destins se recoupent,
s'entrechoquent, à la faveur d'événements parfois anodins. De multiples
réussites récentes sont à marquer d'une pierre blanche. Chez nous, "l'Auberge espagnole",
mais surtout "Love actually",
"21 Grammes", ou encore
le récent "Shortbus". Ce
qui ravit, au premier chef, dans l'oeuvre de Resnais, comme bien
souvent dans les films français, c'est la qualité de l'interprétation.
Tous les personnages éclatent de naturel, de simplicité vraie,
d'authenticité, de spontanéité. Leurs échanges sont empreints de
fraicheur, d'émotion contenue, de drôlerie parfois. Tous sont des
"coeurs" solitaires, plus ou moins désertiques, propriétaires de
jardins secrets dont le mystère restera inviolé. Mais ils ne demandent
qu'à voir fleurir de nouveau leurs pétales sensitifs. Leur
papillonnement s'effectue d'ailleurs en permanence dans un Paris
enneigé, dont le manteau blanc glacial est en harmonie avec la froideur
apparente des échanges émotionnels.
Mais, si les acteurs sont merveilleux, si certains instants distillent
une réelle magie, si nombre d'ingrédients sont délectables, il n'en
demeure pas moins que cette mosaïque d'instantanés souffre de deux
handicaps importants. D'abord une répétitivité qui devient monotone.
Ensuite et surtout, une absence d'évolution, de progressivité, qui
donne à l'ensemble l'aspect lissé d'une mer étale, sur laquelle
d'infimes vaguelettes s'élèveraient ponctuellement sans parvenir à
briser une persistante impression d'ennui distingué. Puisqu'il est
question de palpitations sentimentales, de "coeurs" en émois, il est
impossible que ne s'invite pas à la mémoire le dénouement enchanteur de
"Shortbus", dans lequel les coeurs, justement, intimement liés aux
corps, s'unissaient dans un choral extatique.
Une oeuvre plaisante, subtilement écrite, mais dotée d'un pouvoir
d'excitation et d'enchantement limité.