Max (Jamie Foxx) est chauffeur de taxi à Los
Angeles. Son rêve est en fait de créer une société de location de
limousines. Il aime travailler de nuit. Après avoir transporté une
femme procureur, Annie (Jada Pinkett Smith), il prend en charge un
homme élégant, Vincent (Tom Cruise), qui retient son véhicule pour
plusieurs heures. Cinq client importants à voir... En fait, la première
de ces rencontres se solde par l'atterrissage du "client" sur le toit
de la voiture. Proprement, (si l'on peut dire), abattu par Vincent...
Max se voit contraint de rempiler pour la seconde exécution !
Tragédie nocturne avec unité de temps (quelques heures de la nuit), de
lieu (un Los Angeles méconnaissable, peuplé de quelques rares phares de
voitures, de candélabres et de coyotes traversant une avenue), et
d'action (l'élimination programmée de quatre témoins très gênants).
Simplicité du thème, de l'approche des personnages, réduite à une
stylisation nécessaire et suffisante, tension grandissante au fur et à
mesure que la mécanique parfaite incarnée par un Tom Cruise lui aussi
métamorphosé en machine à tuer, s'enraie. Fluidité évidente du récit,
tantôt d'une clarté cristalline, tantôt cafouilleux comme le serait la
réalité (la scène de la boîte de nuit), fulgurances soudaines qui
saisissent le spectateur à la gorge (la scène du musicien de jazz en
est un exemple magistral)... Tout cela est brillant, excellemment
filmé, maîtrisé par un réalisateur de talent.
Pourtant, si l'on admire la forme, le fond laisse un goût amer de
distanciation froide. Même si la confrontation de ces deux hommes, a
priori opposés, donne naissance à une redistribution des cartes, à une
reconnaissance plus ou moins implicite de l'illusoire espérance que la
réussite n'attend que notre entrée dans son eden pour éclore, les
tempéraments sont réduits à l'état de squelettes psychologiques. Cet
ascétisme général (décors inhabités, absence quasi-totale de
personnages secondaires), se montre en harmonie parfaite avec le climat
froid, scalpélisé, de l'histoire, mais il est possible de préférer des
récits habités par des individualités plus "charnelles", plus richement
traitées, tant sur le plan descriptif qu'évolutif ("Narc" ou "Training day" par exemple,
sans parler du génial "Heat"). Cela dit, dans le genre adopté
ici par Michael Mann, l'osmose entre les composantes visuelles,
scénaristiques, narratives est totale. Et la clôture, symbole de la
désespérance intime qui baigne toute la trame, se montre
particulièrement amère.