Les
derniers mois de l'année 1980. Coluche (François-Xavier Demaison)
triomphe au théâtre du Gymnase. L'élection présidentielle a lieu dans
une dizaine de mois et, sans trop se rendre compte de la manière dont
l'événement est survenu, l'humoriste se retrouve non seulement partie
prenante dans la course à l'Elysée, mais encore crédité de 16%
d'intentions de vote par les instituts de sondages. Cela n'est pas vu
d'un très bon oeil par Jacques Attali (Denis Podalydès), conseiller du
candidat François Mitterrand...
Le parcours existentiel du personnage emblématique retenu par le
réalisateur est plus que restreint. Au vu du résultat, il est
légitimement possible de se demander si ce choix était le bon. En
effet, sans que l'incarnation, souvent bluffante, de François-Xavier
Demaison, soit en cause, cette mini comédie dramatique paraît
globalement bien terne. Ce qui est tout de même un comble pour
l'évocation d'un trublion comique dont le succès n'a fait que
s'amplifier depuis son décès. Bien sûr, il est possible d'arguer que la
face cachée d'un amuseur exceptionnel n'a peut-être rien de
transcendant. Et donc que la réalité doit prendre l'ascendant sur une
mythologie médiatique illusoire. Mais, en tant que spectateur,
l'excitation fait vraiment trop défaut pour que cette incursion
troublante dans un monde politique marécageux suscite autre chose qu'un
ennui quasi permanent. Même les quelques scènes en public dans le
théâtre, cent fois vues à la télévision dans leur contexte naturel
autrement plus volcanique, ne parviennent pas à enluminer une oeuvre
dépourvue de mordant, d'aspérités susceptibles d'accrocher l'attention.
Et ce ne sont pas quelques (moyennement) bons mots qui sauvent la mise.
Il est infiniment préférable de retrouver Coluche dans ses inoxydables
sketches, ou dans ses prestations cinématographiques majeures ("Tchao
Pantin", par exemple), tant cette micro-biographie n'apporte rien
d'enrichissant ou de palpitant au spectateur, au point de laisser le
souvenir d'un amuseur ordinaire, inconsistant, et presque dépourvu
d'humanité...
Bernard
Sellier