Il y a bien longtemps, dix-neuf anneaux
porteurs de Pouvoir furent forgés et distribués : 3 aux Elfes, 7 aux
Nains et 9 aux Rois de la race des Hommes. Mais, secrètement, Sauron
(Sala Baker), Seigneur des Ténèbres, forgea, dans les flammes de la
Montagne du Mordor, un anneau plus puissant que tous les autres. Ce
maître Anneau fut récupéré par le Roi Isildur (Harry Sinclair), qui
refusa de le détruire. Il fut trouvé par Gollum (Andy Serkis),
puis perdu pendant des siècles et enfin récupéré un jour,
fortuitement, par Bilbo Saquet (Ian Holm) de la race des Hobbits.
Celui-ci, sur les conseils du magicien Gandalf (Ian McKellen), le
confie à son neveu, Frodon (Elijah Wood), avec mission de le cacher. Le
jeune garçon s'enfuit en compagnie de son ami Sam afin d'échapper aux
émissaires de Sauron qui sont en quête de l'Anneau. Blessé, Frodon est
sauvé par deux Elfes, la belle Arwen (Liv Tyler) et Elrond (Hugo
Weaving). Ce dernier convoque les derniers résistants aux forces du mal
: Legolas (Orlando Bloom), Aragorn (Viggo Mortensen), descendant
d'Isildur, Boromir (Sean Bean) et Gimli (John Rhys Davies), roi des
Nains. Il est décidé que Frodon, aidé de plusieurs compagnons,
formeront la Communauté de l'Anneau, et devront gagner la Montagne du
Destin pour détruire à jamais le maléfice...
Il
n'y a pas de doute, "Le Seigneur des Anneaux" est une fresque qui se
mérite. J'avoue qu'une tentative de lecture de cette épopée, jadis,
avait lamentablement échoué. De même j'éprouvais une certaine allergie
double à la transcription cinématographique : d'abord le choix d'Elijah
Wood pour incarner le personnage central, et la complexité de cette
création globale d'un mythe qui m'apparaissait prétentieuse, exagérée
et artificielle.
L'attente a quelquefois du bon. Une nouvelle expérimentation a été la
bonne. Il me semblait d'ailleurs incompréhensible, illogique, que,
passionné par les légendes fantastiques du genre "Willow", je rejette
définitivement ce qui est, sans conteste, une adaptation majeure de
l'un des ouvrages les plus fabuleux qui soient. Cette "communauté de
l'Anneau" est en fait un mixage de "Willow",
de "Legend", de "Princess bride" à la
puissance dix mille. Du premier, il emprunte (si l'on peut dire,
puisque le livre est bien antérieur) le mythe de la lutte éternelle du
bien contre le mal, la puissance de la volonté, même incarnée dans
l'être le plus faible qui soit, la création de mondes infernaux ou
divins. Du second, il possède la poésie, la féerie, les images
somptueuses, la beauté irréelle d'un Eden d'avant la Chute.
Ce serait pourtant réduire cette oeuvre de manière honteuse, que de la
comparer, même en positif, à d'autres créations antérieures, tant elle
possède de génie propre, de richesses intrinsèques. L'esprit,
l'œil, l'oreille, le cœur, sont constamment sollicités
de façon magistrale. L'histoire est étonnamment riche,
complexe, luxuriante. Le mystère est constant. L'invention la plus
folle surgit à chaque détour du chemin. Le merveilleux, la magie,
l'épique, le grandiose se partagent chacun une part de ce gâteau, sans
que jamais l'un prenne le pas sur l'autre. Peter Jackson sait établir
ici un équilibre quasiment parfait entre les plages de calme, de
beauté, de romantisme et les séquences d'action qui n'écrasent jamais
le récit, n'occultent jamais la richesse intérieure des personnages,
leurs doutes, leurs hésitations, leurs déchirements. On ne sait ce
qu'il faut le plus admirer : les décors somptueux et impressionnants
(les mines de la Moria, la demeure des Elfes, celle de Saroumane
(Christopher Lee), le passage de la montagne...) ; les personnages
oscillant entre la beauté pure : Legolas, Galadriel (Cate
Blanchett) ou Arwen (Liv Tyler) et la hideur : ceux qui servent le
"côté obscur de la force"; la quête éperdue de la rédemption, de
l'anéantissement du mal ; la réalisation esthétique des Orques,
créatures monstrueuses (Elfes jadis torturés par les forces de l'ombre)
et autres Balrog ; la mise en images, qui épouse avec art l'intimité,
la grandeur, le fantastique de chaque scène... Tout est enchantement,
surnaturel, émotion, et, miracle non négligeable, l'intégralité de ce
monde inventé parvient à exister avec une telle densité, une telle
vraisemblance, que l'on oublierait quasiment qu'il est sorti tout droit
de l'imaginaire d'un homme. Même si l'invention n'est bien sûr pas
absolue. La mythologie grecque, l'Anneau des Nibelungen, dont Wagner
composa quatre opéras magistraux, ne sont certainement pas étrangers à
l'inspiration de Tolkien. Ils sont partie intégrante de la
subconscience collective de l'humanité.
Une première partie magistrale, scandée par la très belle musique de
Howard Shore. Tour à tour intime, spectaculaire, sensible, lyrique,
inquiétant... Une réussite majeure qui fera certainement rêver
plusieurs générations...