Jerry Fletcher (Mel Gibson) est un chauffeur de taxi
particulièrement extraverti. Il développe à chacun de ses clients
des théories plus ou moins fumeuses sur les dessous de la politique,
de la santé, de la vie quotidienne, avec la ferme conviction que
tout est complot organisé. Il assiège régulièrement le bureau
d'Alice Sutton (Julia Roberts), employée au Ministère de la justice,
afin de la persuader de la réalité de ses dires. Un jour, il est
kidnappé par des inconnus qui tentent de lui faire avouer quels
renseignements il a transmis. Il s'échappe et comprend alors que,
sans le savoir, il a mis le doigt sur un secret dangereux...
Entre "L'Arme
fatale 3" et "L'Arme
fatale 4", juste après le sympathique "Maverick",
Richard Donner retrouve son acteur fétiche dans un thriller mâtiné
de romance. Le personnage de Jerry, dans lequel Mel Gibson peut donner
libre cours à son tempérament cabotin, n'est pas si éloigné que
cela du Martin Riggs dépressif, toujours à la limite du pétage de
plombs. Il est ici un logorrhéique chronique, incapable de maîtriser
les centaines d'idées qui tournoient dans son cerveau, un obsédé de
la persécution qui ferme son réfrigérateur avec un cadenas et sa
boîte de café avec un verrou à code ! Si on accepte le postulat que
toute cette construction est avant tout un divertissement, on ne peut
que se laisser emporter par la paranoïa débordante et hallucinée de
ce taximan pour le moins original. Cette histoire de robot
déshumanisé, manipulé, métamorphosé en machine à tuer n'est pas
d'une originalité folle. Mais le réalisateur a l'expérience des
constructions béton, des rythmes frénétiques, des habiles
façonnements, et l'ensemble : couple vedette, suspense,
caractérisation des protagonistes, scénario ( même si l'enjeu de
base demeure assez nébuleux ), fonctionne bien. Mieux, en tout cas,
que dans "l'affaire
Pélican" par exemple,
dont la trame était souvent relâchée. Julia Roberts reprend le
rôle de la fragile victime, inconsciente de ce qui se trame dans
l'ombre autour d'elle. Richard Donner oscille d'un bout à l'autre
entre sérieux et légèreté, entre drame et sentimentalité, s'offre
quelques petites pointes d'ironie (Oliver Stone est un désinformateur
au service des services secrets !), et s'amuse à faire entrer Jerry
dans un cinéma où est projeté "Ladyhawke",
le très beau film qu'il avait tourné douze ans plus tôt...
Efficace et récréatif.