Edmond Dantès
(Jean Marais) a tout pour être heureux : la jeunesse, la
beauté, une charmante fiancée, Mercedes (Lia Amanda), et un poste de
capitaine à bord du "Pharaon", que lui offre son armateur marseillais,
Monsieur Morrel (André Brunot). Mais, le soir de ses fiançailles, la
foudre tombe. Dénoncé comme pro-bonapartiste par Fernand Mondego (Roger Pigaut),
cousin de Mercedes et amoureux d'elle, ainsi que par Caderousse
(Daniel Ivernel), qui espérait devenir capitaine, il est emprisonné
sans jugement au château d'If. C'est là qu'il fait la connaissance d'un
vieux prisonnier mystérieux, l'abbé Faria (Gualtiero Tumiati)...
Exception faite de cas très rares (par exemple
George Sluizer qui a tourné deux fois la même histoire à 5 ans
d'intervalle : "L'homme qui voulait savoir" et "La disparue"),
il est rarissime qu'un réalisateur effectue un remake de sa propre
oeuvre. C'est le cas de Robert Vernay qui, 10 ans après avoir présenté
une première version du chef-d'oeuvre d'Alexandre Dumas avec un Pierre
Richard Willm très convaincant, se replonge à nouveau dans le drame
d'Edmond Dantès, sous les traits, cette fois-ci, du charismatique Jean
Marais. En ce qui concerne ce choix, comme d'ailleurs celui de Louis
Jourdan dans une autre version, rien de nouveau à redire, sinon ce qui
a déjà été écrit dans le commentaire sur la version avec Pierre Richard Willm,
à savoir une identification quasiment idéale avec le personnage
mi-aventurier mi-aristocrate mystique créé par Dumas. Rien à voir,
heureusement, avec la vulgarité bedonnante de Gérard Depardieu !
Un mystère, tout de même, dans l'approche de Robert
Vernay, qui, s'il semble manifestement aimer le roman, semble avoir une
dent contre le personnage de Danglars, déjà éjecté purement et
simplement de la version précédente, et tout aussi absent ici ! Voilà
un choix répété difficilement acceptable. Danglars tient en effet une
place majeure dans la dramaturgie de l'histoire, d'abord parce qu'il
est le moteur originel du complot, mais surtout parce que, dernier
survivant de la vengeance du Comte, il subit un sort différent de celui
de ses complices.
La première partie du film, jusqu'à l'apparition de
Comte de Monte-Cristo, avec son déroulé très linéaire d'événements,
peut être rendue sans grandes difficultés.
Ce qui ne signifie pas que le génie ou l'originalité soient au
rendez-vous. Le scénario prend tout son temps pour présenter
certaines scènes, pas forcément palpitantes ou utiles, et supprime de
grands pans nettement plus signifiants pour le parcours futur du
Comte. Il en résulte un récit assez prosaïque, qui comblera
difficilement aussi bien le passionné du livre que le découvreur novice.
La seconde partie est, reconnaissons-le, infiniment
plus complexe, et, à l'évidence, impossible à développer en quatre
vingt minutes de film. Est-ce un motif pour la commencer de manière
aussi catastrophique en multipliant les raccourcis et les aberrations
(tout le processus de prise de contact avec Albert de Morcerf à Rome
réduit à dix secondes dans un bouge parisien ; le "coucou c'est moi
Edmond" à l'égard de Mercedes dès la première rencontre ; et puis cette
idée totalemen t ridicule de présenter un Comte dont l'apparence et le
physique n'ont pas changé d'un iota !) ? Bref, tout cela ne se présente
pas sous les meilleurs auspices. Et malheureusement, après un semblant
d'amélioration passager, les mêmes énormités ou contre-sens s'invitent
jusqu'à la fin, ce qui prouve, soit que les scénaristes se fichaient
totalement de la psychologie du personnage de Dantès, soit qu'ils
n'éprouvaient aucun respect pour l'oeuvre de Dumas, ce qui d'ailleurs
revient au même. Ne parlons même pas du consternant duel final à
l'épée, qui semble tout droit sorti d'un "Scaramouche" du pauvre...
Pour Jean Marais, hélas plongé dans une oeuvre qui
tient plus du roman-photo banal que du drame visionnaire et
métaphysique créé par Dumas.
Film sur
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