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" Le  Concert ",       2009,

de : Radu  Mihaileanu, 

avec : Mélanie Laurent, François Berléand, Aleksei Guskov, Miou-Miou, Dmitri Nazarov, Lionel Abelanski, Ramzy Bedia, Roger Dumas,

Musique : Piotr Illitch Tchaïkovsky, Armand Amar

*******

concert

    

    Andreï Semionovitch Filipov (Aleksei Guskov) a été dans les années 80 un chef d'orchestre encensé. Mais sa carrière est brutalement interrompue lorsqu'il prend la défense de musiciens juifs. Ivan Gavrilov (Valeriy Barinov), membre pur et dur du parti communiste, intervient au beau milieu d'un concert  public où se jouait le concerto pour violon de Tchaikovsky, et brise la baguette du chef. Rejeté, humilié, Andreï sombre dans l'alcool et, comme la plus grande partie de ses musiciens, est contraint d'accepter un travail indigne de son génie. Trente ans plus tard, il est balayeur au Bolchoï. Il prend connaissance, par hasard, d'un fax envoyé par le théâtre du Chatelet de Paris, offrant à l'orchestre russe de jouer quelques semaines plus tard dans la capitale française, en remplacement du Los Angeles Philarmonic, indisponible. Pour Andreï, c'est la révélation. Il doit reconstituer son orchestre, le faire passer pour celui du Bolchoï, et donner à Paris ce concerto pour violon dramatiquement interrompu trois décennies plus tôt. La soliste devra obligatoirement être Anne-Marie Jacquet (Mélanie Laurent), une artiste de premier plan, qui n'a jamais connu ses parents...

    Etrange fourre-tout que cette aventure hautement improbable. Etrange mais profondément humaniste et sympathique. On y trouve une dénonciation sans ambages des purges communistes, du milieu pour le moins glauque des responsables culturels français ( avec un couple Berléand-Abelanski épatant ), un constat humoristico-amer des magouilles qui gangrènent la société russe actuelle, ainsi qu'un hymne vibrant au pouvoir fédérateur de la musique. La narration s'adapte à cet éventail éclectique, passant tour à tour du sourire à l'émotion, du rire aux larmes, de la truculence à la réserve, du désordre à l'harmonie, donnant au spectacle une multitude de coloris qui peut dérouter, d'autant plus que le trait peut se révéler par instants aussi lourd qu'il sera aérien dans la minute qui suit, mais dont la richesse est particulièrement gratifiante. La vraisemblance n'est pas à l'ordre du jour, il ne faut pas se leurrer. Sans être connaisseur en technique instrumentale, il semble tout de même hautement improbable qu'une artiste qui s'est toujours refusée à interpréter  le concerto de Tchaikovsky soit capable, sans répétitions et accompagnée par des musiciens n'ayant jamais joué ensemble, de donner naissance à une prestation aussi mémorable. Mais qu'importe ! Nous sommes dans le rêve absolu, celui d'un monde éthérique dans lequel les sublimes mélodies prennent un ascendant définitif sur les dogmes mortifères et les idéologies perverses. A ce titre, tout comme dans "La tentation de Venus", dont le film de Mihaileanu semble souvent très proche narrativement, le final est un moment enthousiasmant, avec un violon incandescent qui transporte l'âme et le coeur dans un univers de beauté absolue. Il serait également injuste de passer sous silence l'interprétation magistrale que donne Aleksei Guskov de cet artiste au génie piétiné, ainsi que celle de la toujours radieuse Mélanie Laurent, qui nous avait déjà enchanté dans le drame de Philippe Lioret "Je vais bien, ne t'en fais pas".


Bernard  Sellier

  

 

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