Chrystèle (Cécile de France) et Christophe
(Vincent Lindon) font connaissance de manière télescopante sur un quai
de gare. Il faut dire qu'ils ont tous deux le feu aux fesses, puisque
chacun vient de voler argent et objets à ses employeurs. Selon le bel
adage "qui se ressemble s'assemble", ils vont dorénavant se présenter
en "couple" chez leurs futurs employeurs. Et, donc, escroquer en chœur.
Ce qui ne va pas quelquefois sans risques, lorsque c'est le patron qui
vous chasse à coups de fusil en refusant de payer. Mais, la mouise
ayant une fin, ils découvrent le pactole...
Le film commence sur les chapeaux de roue. Le ton est incisif, la
conduite nerveuse. En deux coups de cuillère à pot, les caractères,
basiques, sont campés. Christophe n'a inventé ni le fil à couper le
beurre, ni le fil tout court. Quant à Chrystèle, excellemment servie
par Cécile de France (on se souviendra de sa réplique enlevée :
"j'prendrais bien une p'tite mousse") , elle affiche un air légèrement
plus futé, mais ne prétend cependant pas au doctorat de philosophie et
revendique une vulgarité aussi bonnasse que directe. Les bourgeois sont
croqués eux aussi de manière plaisante. Tout au moins au début (le
couple gaulliste Françoise Térion (Martine Chevallier) Philippe Térion
(Jacques Boudet)), car, avec le temps, la superficialité et la
précipitation gagnent beaucoup de terrain, au point que certains
passent quasiment inaperçus (les Juifs, par exemple). Quoi qu'il en
soit, les wagons sont en place pour un petit voyage
caustico-humoristique que l'on devine jouissif.
Pourtant, bien que fondée sur une base ludique et prometteuse,
l'histoire ne tarde pas à piétiner, voire à se lézarder. Les décors,
les personnages changent, mais aucune progression ne s'installe, des
passages à vide se présentent, et la répétitivité des comportements
finit par générer une lassitude certaine. Les deux principaux
protagonistes ne sont pas en cause, mais plutôt une banalisation
manifeste du trait, en même temps qu'une mollesse dans l'agressivité
qu'annonçaient l'ouverture et le sujet. Au sortir du film, ne subsiste
finalement qu'une aimable farce aux caractères agréablement brossés,
parsemée de quelques (rares) bons mots ou vacheries, malheureusement
sans profondeur ni même excitation profonde des papilles gustatives.