Justin Quayle (Ralph Fiennes) est un
diplomate dépendant du Haut Commissariat britannique. A la fin d'une
conférence, il fait la connaissance d'une jeune femme, Tessa (Rachel
Weisz), charmante, mais particulièrement agressive envers la politique
de Sa Gracieuse Majesté. Ils s'aiment, se marient. Quelques mois plus
tard, ils sont dans le nord du Kenya. Tandis que Justin consacre son
temps à entretenir son jardin, Tessa mène de mystérieuses actions en
compagnie d'un médecin local, Arnold Bluhm (Hubert Kounde). Elle est
assassinée au cours d'un déplacement. Arnold, lui, a disparu. Justin
tente de comprendre qui était son épouse et quelle était sa mission...
Déchirement. Tel est le mot qui vient spontanément à l'esprit après la
vision de cette oeuvre. Dans toutes les applications du terme. Celui
d'un continent, qui ne parvient pas à s'extirper de l'engrenage fatal
qui le conduit au désastre, malgré l'exemple de l'évolution,
douloureuse, mais réelle, des méga nations, telles La Chine, l'Inde,
pourtant elles aussi enracinées dans un traditionalisme pesant.
Exception faite de quelques pays marginaux (Maroc) qui ont réussi à
s'extirper du bourbier mortifère, tous ceux qui occupent le centre de
l'Afrique sont la proie des haines ancestrales, de l'ignorance, de la
famine, des conditions climatiques, de la sauvagerie primitive, ou de
la cupidité de leurs dirigeants. Sans parler, évidemment, des
intérêts manifestés par les Multinationales étrangères, ce qui
constitue le sujet du film. Sous des apparences flatteuses d'aide
humanitaire, se cachent indéniablement bien des manoeuvres
souterraines, souvent plus inavouables les unes que les autres. Un
ouvrage passionnant sur l'un de ces domaines est celui du Docteur
Leonard Horowitz, "La
guerre des Virus", paru il y a une dizaine d'années. Nombre de
films ont été tournés avec, pour thème central, le combat sans merci
des intérêts financiers contre les intérêts de l'être humain ("Mesures d'urgence"...).
Déchirement aussi dans la vie intime de ce couple. Tranquillement
installé dans une existence dorée, protégée, Justin, homme relativement
banal, sans envergure, se réveille soudain un jour dans un cauchemar
déstructurant. Poussé par les coups de boutoir du destin, il va
s'éveiller à une réalité, tant intérieure que sociale et politique,
dans laquelle il s'était bien gardé, jusque là, de pénétrer. Qui était
vraiment cette petite Tessa, énigmatique et bouillonnante ? Que
cachaient ses multiples déplacements en compagnie d'Arnold ? Quel est
le rôle de Sandy Woodrow (Danny Huston), l'ami bienveillant ? Autant de
questions cruciales qui ouvrent la porte à un flot de révélations
traumatisantes, qui désintègrent à jamais le cocon dans lequel
sommeillait le tranquille jardinier. Contrairement à la manière dont
sont conçus certains récits aux sujets analogues, le scénariste a
choisi, ici, de ne pas partir d'un thème clair, délimité, que l'on
insère ensuite dans un environnement événementiel aux péripéties
soigneusement adaptées. L'opération est inverse. C'est à partir de
fragments informes, de drames inexpliqués, de bouts de puzzle
insignifiants, que prend vaguement forme une explication partielle de
ces données brutes. Mais, au bout du compte, la source ultime de tout
ce monstrueux gâchis n'est qu'une ombre, tant pour Justin que
pour le spectateur. Parce que que les hommes, même puissants, ne sont
que les rouages infimes d'une hydre quasiment abstraite : l'intérêt.
Déchirement enfin dans le style de l'oeuvre. Les quelques séquences
romantiques sont balayées par le halètement de cette quête anarchique,
souvent brouillonne, fréquemment filmée à la façon d'un reportage, au
montage vif (peut-être trop parfois...), mais qui traduit fidèlement
l'effervescence interne de l'homme foudroyé, son immixtion maladroite
dans un monde agité, dans un univers complexe, dont les fils
conducteurs lui échappent totalement. Ralph Fiennes se montre aussi
sobre que bouleversant.
Dérangeant, surprenant, mais indispensable.