En route vers Canterbury, il y a six siècles de cela, une troupe
de pélerins accepte, afin de ne pas s'ennuyer pendant le voyage, la
proposition de l'un d'entre eux : raconter des historiettes
divertissantes. Une douzaine de saynètes vont donc se succéder,
mettant en présence, dans un Moyen-Age superstitieux, toutes sortes
de personnages pittoresques croqués par la plume du poète Geoffrey
Chaucer...
Pier Paolo Pasolini, assassiné trois ans après la sortie de ce film,
fait ici sa dernière apparition en tant qu'acteur. Il incarne
l'écrivain Chaucer, trait d'union entre les multiples contes qui
s'enchevêtrent les uns dans les autres sans frontière nette. On
retrouve sans peine les grandes obsessions du réalisateur,
dénominateurs communs à toutes les séquences : la religion, la
superstition et surtout le sexe. Même trente cinq ans plus tard, il
paraît évident que le film était "osé" pour son époque.
Aujourd'hui, cependant, tout cet étalage de folies lubriques, de
trognes hautes en couleurs, de costumes bariolés et de sexes à l'air
a beaucoup perdu de son impact subversif. L'ensemble conserve une
atmosphère originale, mélange parfois détonant de cruauté et de
frivolité (l'exécution du bossu homosexuel), mais, globalement,
c'est surtout une impression de répétitivité et d'ennui qui se
dégage de ces mini vaudevilles. Le physique des acteurs, tantôt
vieux croûtons répugnants, souvent épouses délurées, et, bien
sûr, invariablement, jeunes éphèbes affriolants, prend le pas sur
le fond des aventures qui, pour une majorité écrasante, relèvent
d'un niveau pour le moins basique. Coucheries, tromperies, grosses
farces, on ne peut pas dire que l'intellect soit particulièrement
sollicité ! Ce n'est pas dramatique en soi, la légèreté
divertissante étant parfois bien désirable. Le problème est que,
dans le cas présent, ce n'est ni très léger, ni très divertissant.
Beaucoup d'agitation, de mouvement, de décors, pour une ambition
très modeste. Si l'on excepte le final, capable de faire hurler les
adeptes de la religion, avec une visite scatologique gratinée de
l'enfer, tout ce qui précède relève davantage de la bouffonnerie
salace et de la plaisanterie burlesque que d'une vision iconoclaste du
monde. On retiendra surtout l'étonnante incursion d'un cuisinier
chaplinesque. A noter que, souvent, les dialogues semblent décalés
par rapport au mouvement des lèvres, comme s'il s'agissait d'un
play-back...