Terry Brogan (Jeff Bridges) est un joueur
chevronné de l'équipe de football américain des "Outlaws".
Malheureusement une blessure à l'épaule le fait renvoyer par les
dirigeants, sous la coupe du richissime Ben Caxton (Richard Widmark).
L'épouse de ce dernier, Mrs Wyler (Jane Greer) souhaite faire bâtir un
luxueux lotissement dans un canyon protégé par les écologistes, et
ferme les yeux sur les magouilles de son mari auprès des représentants
de l'urbanisme. Brogan, à court d'argent, accepte la mission que lui
propose son "ami" Jake Wise (James Woods) : retrouver sa compagne,
Jessie (Rachel Ward), qui s'est enfuie avec 50 000 dollars. Or Jessie
n'a pas fui seulement son amant, mais surtout sa mère, qui n'est autre
que Mrs. Wyler...
Il y a un petit nombre de films, pourtant bien éloignés des
chefs-d'oeuvre du septième art, dont certains passages s'imprègnent de
façon indélébile dans la mémoire. Par la grâce d'un visage, d'une
scène, d'une phrase qui résonnent harmonieusement avec un infime
récepteur intérieur. C'est, pour moi, le cas de ce film. Il n'est
certes pas à marquer d'une pierre blanche. L'intrigue est passablement
distendue, parfois confuse, perdant quelque peu son âme en route, et,
malgré la composition convaincante de Jeff Bridges, on peut éprouver
une certaine difficulté à s'intéresser aux déboires de Terry et de son
entourage de maître chanteurs. A partir du moment où il part à la
recherche de Jessie, l'espoir naît : nous allons entrer dans une folle
passion qui rappellera à nos souvenirs émus celle qui brûlait entre la
délicieuse Debra Winger et Richard Gere, deux ans auparavant,
dans "Officier et
gentleman". Et, de fait, le rêve devient réalité. Les îles
mexicaines, Chichen Itza... Le romantisme brille de tous ses feux.
Puis, patatras, nous repartons pour Los Angeles, ses coups tordus et
ses inextricables ramifications de trafics en tous genres. James Woods
compose toujours des personnifications marquantes, Richard Widmark
conserve beaucoup de charme, malgré les ans, mais l'intérêt se dilue
fortement, d'autant plus que la personnalité de Jessie, un instant
marquée par une prise de conscience libératrice, retombe dans un
effacement dommageable.
Alors, pourquoi avoir été tellement marqué par cette réalisation de
qualité très moyenne ? Par la grâce des cinq dernières minutes : cette
scène inoubliable où la caméra fixe le sublime
visage de Rachel Ward, sur lequel se confondent, alternent, se
combattent deux composantes extrêmes de vie : la détresse la
plus profonde et la beauté la plus transcendante. Un instant d'union
avec la quintessence de la création...