1820. Zachary Bass (Richard Harris) est un
trappeur. Il chasse pour nourrir l'étrange convoi du capitaine Filmore
Henry (John Huston) : un bateau rempli de peaux, chargé sur des
chariots tirés par des chevaux ! Il faut impérativement rejoindre le
fleuve Missouri avant l'hiver afin de pouvoir le descendre et
vendre à bon prix les peaux. Un jour, suite à une erreur de tir de l'un
de ses aides, Zachary s'enfonce dans la forêt pour suivre une bête
blessée. Il est attaqué par un grizzli et grièvement atteint. Le
capitaine Henry laisse deux hommes auprès de lui pour creuser sa tombe,
avec ordre de le tuer le lendemain s'il vit encore. Car les Indiens
rôdent...
Il existe un très petit nombre de films pour lesquels j'abandonne
volontairement et délibérément toute objectivité. Parce qu'ils
résonnent d'une manière tellement profonde avec une part de mon
subconscient. Il y a les méconnus (et non encore disponibles en DVD,
même Zone 1 !) "La valse dans l'ombre" ("Waterloo bridge"), "Prisonniers du passé"
("Random harvest") et ce "Convoi sauvage".
Avec une économie de moyens évidente, mais aussi de mots, de gestes,
Richard Sarafian parvient à nous livrer une merveilleuse leçon de vie
et d'humanité. Le capitaine a recueilli Zachary enfant. Ce dernier,
orphelin et révolté contre Dieu, avait fui le pensionnat. Henry le
considère comme son fils. Il va pourtant l'abandonner, comme Bass avait
lui-même abandonné son fils dans sa colère contre le destin qui lui
avait pris sa femme. Laissé pour mort, il va réapprendre chaque geste
de vie, parce que l'instinct de survivance est plus fort que tout.
C'est tout d'abord l'intention de se venger qui le soutient,
puis, peu à peu, son coeur découvre l'amour. Et surtout, le pardon,
qui, lorsqu'on parvient à le révéler, est le plus grand guérisseur qui
soit. Pardon à celui qui vous a fait souffrir, mais plus encore, pardon
à soi-même.
Tout au long de cette oeuvre, le temps est suspendu. Il défile
lentement à la mesure des gestes du blessé. Richard Harris campe avec
une intensité exceptionnelle cet anti-héros qui révèle pourtant une
force intérieure démesurée. Mais comment oublier aussi ce personnage
étonnant incarné par John Huston, le grand réalisateur. Ce capitaine
muré dans l'incommunicabilité qui fixe l'invisible du haut de son
navire !
Sans esbroufe, sans grandiloquence, avec simplicité, réalisme, sobriété
et noblesse, nous avons devant les yeux, malgré la violence qui émaille
l'histoire, une ode magnifique à la noblesse humaine.