Une
psychiatre, spécialiste des tueurs en série, Helen Hudson (Sigourney
Weaver) est violemment agressée à la fin de l'une de ses conférences.
Un policier est tué. Le meurtrier, Daryll Lee Cullum (Harry Connick
Jr.) est arrêté. Quelques mois après, la ville de San Francisco est
le théâtre de plusieurs assassinats. L'inspecteur M.J. Monahan (Holly
Hunter) et son collègue Reuben Goetz (Dermot Mulroney) tentent de
persuader Helen de leur venir en aide. Mais le médecin est cloîtrée
chez elle, se bourre de médicaments, sombre dans l'alcoolisme, et tente
sans résultat d'oublier ce qui lui est arrivé. Mais le tueur en série
n'entend pas la laisser en dehors du parcours qu'il a entrepris...
Le film est sorti, hasard du calendrier ?, trois mois après "Seven".
La juxtaposition des deux créations, sur des trames fondamentales
quasiment identiques, met en lumière magistralement le fossé qui
sépare une oeuvre habilement troussée d'une oeuvre habitée par le
génie. Tout, ici, sent la fabrication, le calcul soigneux des effets
qui surgiront, à bon escient, pour relancer la machine à suspense, le
choix de personnages atypiques qui, d'ailleurs, n'apportent pas toujours
le bénéfice escompté. Holly Hunter est délicieuse en femme-enfant,
mais on ne peut pas dire qu'elle soit hautement crédible. Mais le plus
dommageable est que le réalisateur ne laisse aucune part à la
suggestion, à ces zones d'ombres caverneuses qui rongent l'enquêteur
aussi bien que le spectateur. Le mystère est désamorcé à
mi-parcours, et le pouvoir de générer l'angoisse est uniquement
dévolu aux événements matériels. Or ceux-ci relèvent du très
classique et ce n'est pas le dénouement, manifestement inspiré par
l'un des passages du "Silence des
Agneaux", qui est susceptible d'apporter le paroxysme espéré.
Cela constaté, il est aussi injuste de mesurer ce film à l'aune de
deux chefs-d'oeuvres inconstestables. Le personnage d'Helen, répétant
comme une litanie les noms des Présidents pour ne pas sombrer dans la
panique, ne laisse jamais indifférent. Il est souhaitable d'apprécier
le film à la valeur qui est la sienne : une construction honnête, une
originalité plus ou moins bien assumée dans le choix des
protagonistes, et un suspense de bon aloi.