Brandon
(Bernard en VF !!!) Shaw (John Dall) et son camarade, le pianiste
Phillip Morgan (Farley Granger) étranglent avec une cordelette l'un de
leurs amis, David Kentley (Dick Hogan). Le mobile ? Simplement, si l'on
peut dire, le désir d'accomplir une oeuvre d'art. Pour couronner
l'acte, Brandon a trouvé l'idée géniale d'inviter quelques
connaissances, dont les parents de la victime, et de servir le repas
sur la malle dans laquelle le cadavre est caché...
Le film est surtout célèbre pour la technique très particulière adoptée
par le réalisateur, à savoir un unique plan séquence apparent (en fait, il y en a 8). Il faut dire que
le scénario, fondé sur un récit en quasi minutage réel, avec unité
totale de temps, de lieu et d'action, s'y prêtait particulièrement
bien. La narration est très fluide, l'ennui ne s'installe pas une
seconde, et la galerie de personnages, pour restreinte qu'elle soit,
procure des moments jouissifs de cynisme et de manipulation
psychologique. Tout cela est évidemment très artificiel, comme c'est
fréquemment le cas chez Hitchcock, mais la noirceur générale, enchâssée
dans une apparence festive et faussement décontractée, ainsi que les
élucubrations psychotiques glaçantes de Brandon, que n'aurait pas
reniées le Marquis de Sade (les faibles sont destinés à servir le
plaisir et la jouissance des forts), apportent à l'histoire une
coloration aussi originale qu'excitante. Même si, dans le genre, il est
tout à fait légitime de préférer "Le Limier" de Mankiewicz, beaucoup plus élaboré et labyrinthique.