1918. Le Lieutenant Bruno Stachel (George
Peppard) est muté dans une escadrille aérienne commandée par le
Hauptmann Otto Heidemann (Karl Michael Vogler). L'un des pilotes, Willi
von Klugermann (Jeremy Kemp) est sur le point de recevoir la médaille
du mérite, décernée lorsque l'on a descendu vingt avions ennemis. Le
rêve de Bruno est de conquérir cette distinction. Aussi est-il
profondément dépité lorsque son premier exploit n'est pas homologué,
l'armée n'ayant pas trouvé trace de l'appareil abattu. Sa rage décuple
et ses exploits ne tardent pas à s'amonceler. Il fait un jour la
connaissance de Kaeti (Ursula Andress), épouse très délurée du Général
von Klugermann (James Mason), oncle de Willi...
La reconstitution des combats aériens de la première guerre mondiale
est tout à fait satisfaisante, mais ce n'est pas cet aspect de
l'histoire, assez répétitif, qui constitue l'intérêt majeur du film. Le
principal attrait réside dans l'étude d'une galerie de personnages, au
premier rang desquels brille un Bruno Stachel incarné magistralement
par George Peppard, qui annonce, à travers des personnalités
hétéroclites jetées dans un conflit mondial, la grande mutation
sociologique et politique à venir. Un peu comme dans "Le Guépard", mais d'une manière
beaucoup plus brutale, les derniers aristocrates, à l'image de Otto et
du Général von Klugermann, assistent, soit consentants, soit forcés, à
un basculement inéluctable des valeurs morales. La noblesse d'âme, la
dignité, qui, malgré la férocité des combats et la soumission à la
patrie, tenait encore une place de premier plan dans l'esprit de
certains officiers, se dissout rapidement pour laisser place à
l'arrogance et à l'égoïsme des hommes du peuple. Ivre d'orgueil,
téméraire jusqu'à la folie, méprisant sans vergogne tout ce qui (et
tous ceux qui) ne ser(ven)t pas ses ambitions, Stachel installe au fil
de la narration une personnalité de "héros" particulièrement sombre,
d'autant plus que son arrivisme quasiment criminel est la plupart du
temps masqué par un sourire patelin inquiétant. Ce n'est pas tant
contre l'ennemi qu'il se bat, mais plutôt contre la médiocrité de sa
naissance, contre le mépris qu'affichent envers lui les fils
d'aristocrates. Les personnages qui gravitent autour de lui sont
définis avec une finesse et une richesse assez rares dans les oeuvres
de ce genre. Ce tissu psychologique dense permet au drame de se nouer
avec une efficacité et une crédibilité constantes. Il est intéressant
de noter également les débuts de la percée de plusieurs phénomènes qui
ne feront que s'amplifier avec le temps : la médiatisation, la
démagogie et le pouvoir de la publicité. Jean-Jacques Annaud a
construit son film "Stalingrad"
uniquement sur ces éléments. Le monde dans lequel l'honneur était la
valeur suprême est remplacé par celui où domine l'utilité immédiate. La
mise en scène, très classique et policée, contraste parfois avec la
rage intérieure qui anime Stachel. Mais l'ensemble est tout à fait
passionnant...