Rafael
González (Guillermo Toledo) est un vendeur hors pair. Il règne sur le
rayon Femmes d'un grand magasin de Madrid, et espère bien être nommé
prochainement Chef d'exploitation. Son succès auprès des jolies
vendeuses est exceptionnel. Grâce à la complicité du gardien, il peut
offir à ses conquêtes des nuits sublimes, grâce à tous les rayons
laissés à sa disposition. Mais, un jour, il apprend la catastrophique
nouvelle : son rival du rayon Hommes, Don Antonio Fraguas (Luis Varela)
est nommé au poste qu'il convoitait ! Comme un malheur ne vient jamais
seul, il tue accidentellement son nouveau chef au cours d'une dispute...
Dans le rayon "Humour noir et mécanismes macabre", façon "Petits meurtres entre amis",
cette oeuvre, sorte de resucée hitchcockienne sous acide, tient une
place de choix. Avec une analyse événementielle cyniquement grinçante,
martelée en voix off par Raphael, l'histoire combine de manière
tonique, insolente, parfois monstrueuse, le comique amer, le
fantastique, l'horreur, la réflexion sociale, la dissection
psychologique, le thriller. L'un des paradoxes est que tous les
personnages sont détestables (Rafael est un profiteur minable
autosatisfait, Lourdes (Mónica Cervera) combine laideur physique et
machiavélisme, Don Antonio est odieux...), et, malgré cela, ils sont
pitoyables. Bien plus, ils finiraient même par générer chez le
spectateur une sympathie irraisonnée. Rafael cherche le plaisir dans le
domaine primaire qui est le sien ; Lourdes rêve de ne plus voir les
hommes détourner les yeux lorsqu'ils la croisent ; Désirée (Alicia
Andújar), la petite soeur déjantée de 8 ans, qui passe son temps à
insulter sa famille et à s'inventer grossesse ou Sida, tente
désespérément de briser la carapace qui la retient prisonnière...
Qu'importe si la vraisemblance des faits est plus qu'approximative,
l'important réside dans la descente vers les régions infernales d'un
conte de fées rêvé par un adulte infantile. Guillermo Toledo est
grandiose, tout comme Mónica Cervera. Leurs compositions de Guignols
clownesques (ce n'est pas un hasard si Lourdes a l'idée de créer une
ligne de vêtements de ce style), tour à tour navrants, ubuesques ou
pervers, est en adéquation parfaite avec le style théâtral du
réalisateur. A déguster sans modération, même si le dénouement laisse
un petit peu sur sa faim...