Margot Mary Wendice (Grace Kelly), mariée à l'ex champion de
tennis Tony Wendice (Ray Milland), est amoureuse en secret de
l'écrivain Mark Halliday (Robert Cummings). Celui-ci, absent depuis
un an, est de retour à Londres. Une soirée est prévue au théâtre
pour tous trois, mais, au dernier moment, Tony se trouve une excuse
pour ne pas y aller. Il donne rendez-vous au capitaine Lesgate
(Anthony Dawson) pour l'achat d'une voiture. En fait, l'offre de Tony
est bien différente. Le projet est de supprimer Margot au moyen d'un
crime parfait. Lesgate n'a guère le choix de refuser, puisque sa vie
n'est qu'un tissu d'escroqueries en tous genres. Le lendemain soir est
la date prévue pour l'exécution.
Autant le mystère qui nimbait "Rebecca"
trouvait sa source dans l'intimité profonde des personnages, autant
celui qui se développe ici tourne autour d'infimes détails
matériels, d'objets plus que banaux, un imperméable, une paire de
bas, et, bien sûr, la célèbre petite clé ! Certes, l'intrigue est
archi connue, mais, même si le film, dont le suspense repose sur des
éléments quasiment tous livrés au spectateur dès l'ouverture, a
été vu dix fois, il conserve son charme et garde intacte
l'intensité émotionnelle du dénouement. C'est l'une des qualités
primordiales de cette œuvre, que l'on pourrait considérer comme une
ancêtre prophétique de "Columbo". Un criminel expert en
duplicité, dont on sait, dès le commencement, qu'il est le coupable.
Une femme, fragile, blonde, jouée par la lumineuse Grace Kelly,
archétype de l'héroïne hitchcockienne. Un policier finaud qui cache
sa subtilité derrière une bonhomie parfois sévère. A partir de ce
microcosme simple, le réalisateur tricote, avec force dialogues et
unité de lieu absolue, un ensemble d'une sobriété qui n'a d'égale
que l'efficacité, et dont le principal qualificatif approprié
pourrait être : élégance. Certains angles de vue semblent
surprenants, mais, le film ayant été tourné en relief (on se
demande bien pourquoi, d'ailleurs, étant donné que l'on voit mal ce
que pourrait apporter cette technique passionnante à un thème
psychologique et à un décor aussi intimiste !), il est fort
probable qu'ils ont été adaptés à ce procédé.
Même pour un non fanatique du "maître du suspense", il est
impossible de ne pas saluer la maîtrise exceptionnelle de la
narration qui n'oppresse jamais la personnalité des protagonistes.
C'est en voyant, parallèlement, le remake tourné en 1998 par Andrew
Davis, avec les excellents Michael Douglas et Gwyneth Paltrow, que
l'on peut mesurer à quel point Hitchcock avait l'art de conjuguer
simplicité, tension et malaise.
Film sur
IMDB