Ben
Coulter (Ben Whishaw) sort un soir pour fêter le match de fooot auquel
il a participé. Sa voiture ne démarrant pas, il emprunte le taxi de son
père. En ville, une jeune fille, Mélanie Lloyd (Ruth Negga) lui fait
signe. Il s'arrête. Elle lui demande d'aller au bord de la mer. Puis il
la ramène chez elle. Elle l'invite à entrer. Le lendemain matin,
lorsque le jeune homme se réveille dans la cuisine, il trouve Mélanie
poignardée à l'étage. Affolé, il s'enfuit, emboutit la voiture de son
père et se fait arrêter par la police. Le commissaire Harry Box (Bill
Paterson) est persuadé de la culpabilité de Ben. Celui-ci voudrait
expliquer ce qui s'est passé, mais Ralph Stone (Con O'Neill), l'avocat
commis d'office, lui enjoint de refuser de répondre...
Le thème de départ choisi par le scénariste Peter Moffat,
spécialiste du droit et des procès en assises, n'est en rien original.
Combien de fois n'avons-nous pas été confrontés au cas du
malheureux héros qui, se réveillant un matin, trouve un cadavre à ses
côtés en lieu et place de la charmante amoureuse de la veille. Mais
cela n'a guère d'importance, puisque le propos du créateur est de
démonter, avec précision, justesse et subtilité, les rouages du système
judiciaire britannique, qui, bien souvent, et c'est le cas en
l'occurrence, s'apparentent à un engrenage infernal. Ben Coulter,
incarné avec une criante authenticité par le jeune Ben Whishaw, est un
grand adolescent dégingandé, fragile, immature, asthmatique, et sujet à
de discrets tics. Autant dire qu'il ne paraît pas être l'archétipe du
violeur criminel que l'on rencontre d'ordinaire dans les cours
d'assises, même s'il est vrai que monsieur tout le monde peut cacher un
assassin. Quoi qu'il en soit, par la conjonction de mécanismes tantôt
subtils, tantôt intéressés, tantôt purement instinctifs, le garçon va
se retrouver emprisonné aux deux sens du terme, à la fois dans un
pénitencier avec tout ce que cela suppose de violences physiques et
psychologiques, mais également dans un système de défense qui lui
échappe totalement. C'est à coups de tractations, de marchandages, que
la Partie civile et les avocats tentent d'atteindre deux buts : faire
dépenser le moins d'argent possible à l'état pour les premiers et
tenter de réduire au maximum la peine pour les seconds. C'est ainsi que
le système du "plaider coupable" permet d'éviter un coûteux procès en
assises. Que vient faire l'éventuelle vérité dans ce système ?
Manifestement pas grand chose. Passionnant de bout en bout, le récit se
montre particulièrement équilibré, riche d'enseignements, exempt de
fioritures, réaliste et souvent poignant. Un peu de regret pour le
dénouement choisi, légèrement abrupt et de ce fait frustrant.