1944. Pour l'armée allemande en
Russie, c'est le début de la débâcle. Le Caporal Steiner (James
Coburn) rentre à peine d'une mission difficile en compagnie de son
petit groupe d'hommes qui l'idolâtre, lorsqu'il est présenté par le
Colonel Brandt (James Mason) à un nouveau Capitaine, Stransky
(Maximilian Schell). Celui-ci vient de demander sa mutation de France
sur le front russe, afin d'obtenir la Croix de Fer qui revêt, à ses
yeux, une importance capitale...
Même si le fondement du sujet ressemble comme deux gouttes d'eau à
celui du "Crépuscule des Aigles"
(affirmer sa valeur en décrochant la médaille tant convoitée), les
ressemblances avec le film de John Guillermin ne vont guère plus loin.
Trente ans ont passé depuis la première guerre mondiale et, si les
motivations psychologiques demeurent immuables, les circonstances, les
mentalités, les événements sont bien différents. Fidèle à son
penchant pour le carnage (on se souvient de l'ouverture de "La
Horde sauvage"), Sam Peckinpah aligne un certain nombre de
séquences sanglantes, pas toujours, d'ailleurs, très lisibles (on ne
distingue pas toujours très bien qui est qui...). Mais l'oeuvre se veut
avant tout une dissection des personnalités composant un microcosme,
plongé dans l'horreur du conflit, mais chacun apportant des motivations
et des attitudes bien différenciées. Le Colonel Brandt, militaire de
facture classique, est conscient des dures réalités qui attendent
l'Allemagne, mais il se montre fidèle à ses devoirs et connaisseur en
hommes. Il est amusant de constater qu'il affichait déjà la même
distinction dans le film de John Guillermin, en tant que Général
époux de la belle Ursula Andress... Le Capitaine Kiesel (David Warner),
totalement désabusé, noie dans l'alcool et la fumée son désespoir
résigné. Le Caporal Steiner, sous ses dehors de baroudeur efficace,
cache en réalité une haine viscérale et obsessionnelle de l'officier,
quel qu'il soit. Quant à Stransky, formaté par les codes
aristocratiques qui lui imposent de revenir dans sa famille, décoré
d'une haute distinction honorifique, il dissimule avec subtilité la
personnalité d'un sadique maître en hypocrisie. Sa prétendue
supériorité de classe et d'éducation se fracture rapidement devant la
réalité de l'environnement, et ne tarde pas à rejoindre aux ordures
la pseudo suprématie aryenne. La scène au cours de laquelle il
parvient à faire confesser au Lieutenant Triebig (Roger Fritz) son
attirance pour les hommes est sidérante de manipulation.
Parsemée de quelques séquences aussi traumatisantes que mémorables
(l'attaque du bastion des femmes-soldats), l'oeuvre laisse un goût des
plus amers, et ce n'est pas la dernière image, faussement détendue,
qui entame l'impression durable de vivre la fin d'un monde.