Une prostituée a été assassinée. Cela ne
serait qu'un événement hélas courant si un X n'avait été tracé au
couteau au niveau de sa gorge et, surtout, si d'autres meurtres
semblables ne suivaient. Un jeune instituteur, Toru Hanaoka (Masahiro
Toda) rencontre sur une plage déserte un étrange personnage amnésique,
le ramène chez lui. Le lendemain, Toru a tué son épouse qu'il aimait de
la même étrange manière. Arrêté, il semble dans un état second.
L'inspecteur Takabe (Koji Yakusho), secondé par le psychiatre
Makoto Sakuma (Tsuyoshi Ujiki), mène l'enquête et commence à penser que
l'hypnose pourrait être une cause possible...
Quelle surprise ! Tout commence comme dans un bon polar classique avec
un assassinat vaguement original, l'arrivée de la police, les premières
investigations. Rien qui ne sorte d'un ordinaire que Hollywood nous a
fait connaître par cœur, du meilleur, comme "Seven",
jusqu'aux râclures voyeuristes sans le moindre intérêt. Mais nous
n'avons encore là que l'infime émergence d'un iceberg qui
progressivement va engloutir le spectateur dans son mur de mystère et
de glace.
Toute la réussite de cette oeuvre étrangement calme, réside dans la
fascination quasi hypnotique que cet étrange criminel exerce tout aussi
bien sur ceux qui l'interrogent que sur ceux qui visionnent le film.
Accompagnées d'un travail remarquable sur l'alternance du silence, des
bruits, de sons quelquefois difficilement identifiables, cette spirale
infernale, cette descente dans l'inconscient manipulateur et la magie
noire sont au sens propre du terme, envoûtantes. Les décors misérables,
cafardeux, souvent déserts à l'image des personnalités vides
qui agissent en zombies téléguidés par une force infernale, sont
glauques, à dominante sombre, bleuâtre, grisâtre. Pratiquement aucune
de ces explosions de violence, qui sont la marque des réalisations
occidentales.
Ici, tout le drame est un concentré de véhémence, de fureur
intérieures, un jeu d'illusions et de suggestions morbides. Le criminel
et les représentants de l'ordre forment un étrange ballet d'échanges
énergétiques, de pantins manipulés par les éléments symboliques (le
feu, l'eau), qui débouche sur un final d'autant plus inquiétant qu'il
est ambigu. Et il ne peut qu'en être ainsi puisque, en fait, il n'y a
pas véritablement d'assassin, mais la manifestation invisible d'une
force qui dépasse l'homme. La fracture classique entre le yin et le
yang, le "bien" et le "mal", vaguement présente dans la toute première
partie de l'enquête, s'estompe finalement pour ne plus faire évoluer
que des êtres fragiles, des sortes de fantômes hagards et mécaniques,
fracturés psychologiquement, guettés par la folie, qui ne reconnaissent
plus la couleur de leur âme.
Une réussite majeure dans ce domaine tellement visité du thriller
pathologique et qui marque durablement l'esprit du spectateur.
Pour ceux qui seraient intéressés, une analyse intéressante et complète
du film à l'URL suivante :
http://www.objectif-cinema.com/analyses/118.php