Morgan Sullivan (Jeremy Northam) est engagé
par l'un des responsables de la firme Digicorp, Finster (Nigel
Bennett), afin d'espionner le concurrent, Sunway Systems. Il est
envoyé, muni d'un stylo micro, sous l'identité de Jack Thursby, dans
différents séminaires et enregistre les interventions des hauts
responsables. Il fait la connaissance d'une jeune Asiatique, Rita
Foster (Lucy Liu), qui lui explique que Digicorp est en train
d'effectuer sur lui, comme sur beaucoup d'autres, un lavage de cerveau,
ce qui provoque les migraines violentes dont il souffre. Elle
lui fournit l'occasion de vérifier ses assertions. Il n'est pas au bout
de ses surprises...
Vincenzo Natali s'est fait connaître par son premier film, "Cube",
sorti cinq ans plus tôt, basé sur un scénario extrêmement original,
mais dont le résultat était bien loin, à mon sens, d'accéder au rang de
chef d'oeuvre, ainsi que certains critiques l'ont estimé. Il change de
registre ici, et, si l'histoire est tout de même assez tourmentée et
nébuleuse par instants, elle tient remarquablement bien la route sur le
plan du scénario, de la logique, du mystère et de l'angoisse. "Cypher"
est une sorte de croisement moderne de "La
mort aux trousses" pour le
dédoublement de la personne du héros, de "Matrix"
pour les décors, les
fonds blanchâtres, le climat hors du temps, et "Usual suspects" pour d'autres aspects.
Tournée avec de petits moyens, l'oeuvre réussit à dérouler une énigme
passionnante sur fond de manipulation cérébrale, plaquée dans un cadre
minimaliste, faute de moyens sans doute, mais dont la nudité glaciale
est en adéquation parfaite avec le monde quasiment robotique dans
lequel évolue Morgan. Vincenzo Natali prouve brillamment qu'il n'est
pas indispensable de disposer d'un budget faramineux pour réussir à
captiver le spectateur. Une aventure qui, sans être d'une originalité
folle, est bien construite et bien interprétée (Jeremy
Northam est parfait dans l'incarnation de ce personnage au visage
faussement débonnaire), dotée d'un climat déroutant, d'une photographie
travaillée, à base de teintes pâles, gris-jaunâtres, de décors simples
mais inventifs (le "coffre" souterrain), qui suffisent amplement à
délivrer
une belle réussite.