Dwight
'Bucky' Bleichert (Josh Hartnett) et Leland 'Lee' Blanchard (Aaron
Eckart) sont deux policiers de Los Angeles, dans les années 1946. Un
amour commun pour la boxe ainsi que pour la pulpeuse Kay Lake (Scarlett
Johansson) les rapproche. La prochaine libération d'un truand, Bobby
DeWitt (Richard Brake), que Lee avait fait condamner, perturbe
fortement l'humeur du policier. Mais un drame survient, qui détourne le
centre de ses préoccupations : une jolie starlette, qui rêvait de
conquérir Hollywood, Elizabeth Short (Mia Kirshner), est retrouvée
assassinée et horriblement mutilée...
Brian de Palma n'a rien perdu de son talent pour créer une atmosphère
authentique. L'aspect volontairement retro de l'histoire fonctionne
très bien. Flics désabusés, plus ou moins véreux, fumant leurs clopes,
le chapeau mou vissé sur la tête, femmes fatales, blondes platinées,
séquences en noir et blanc... Rien ne manque pour plonger le spectateur
dans le coeur véreux, vénéneux, du Hollywood tout juste sorti de la
seconde guerre mondiale. La caméra toujours élégante, virtuose, du
réalisateur (qui, décidément inspiré par les escaliers, offre ici un
moment intense qui évoque, sans l'égaler, celui des "Incorruptibles"), permet
d'offrir au film un écrin noir ébène mémorable.
En ce qui concerne le scénario, le résultat est nettement moins
enthousiasmant ! Que la complexité soit présente n'est pas
rhédibitoire. Mais, dans le cas présent, complexité rime
malheureusement avec nébulosité et surtout ennui ! Pendant une bonne
moitié du récit, il est quasiment impossible de discerner la colonne
vertébrale de l'histoire. S'agit-il de la désagrégation prévisible
d'une amitié, dont Kay Lake serait le catalyseur empoisonné ? Ou
serait-ce plutôt la réapparition tant redoutée du sadique Bobby DeWitt
? A moins que ce ne soit la traque de Ray Nash, un criminel aussi lâche
que pervers ? Ou encore des ombres que l'on devine dans le passé de Lee
? La narration suit tous ces bouts de pistes, allumant, chez le
spectateur, de fugitives flammes d'intérêt, pour les souffler dès
l'instant qu'un nouveau pôle attractif apparaît. Lorsque, dans le
dernier tiers, le nerf moteur s'expose enfin avec netteté, il est bien
tard. Les personnages, pourtant dessinés avec intensité, charme,
mystère, risquent fort d'être devenus des figures usées, dont le sort a
cessé de passionner depuis belle lurette. D'autant plus que le
dénouement, lui aussi très emberlificoté (heureusement que le
réalisateur le parsème de plans antérieurs, car, sinon, ce serait
quasiment incompréhensible !), à tiroirs multiples, risque d'effleurer
le spectateur somnolent, au lieu de le saisir aux tripes, comme cela
aurait dû être. Reste un climat glauque, pervers, peuplé de personnages
inquiétants. Mais cela ne suffit pas à rendre l'ensemble envoûtant. Une
intrigue resserrée et un raccourcissement de l'oeuvre auraient
peut-être permis d'éviter la déliquescence chloroformante qui sape
l'efficacité de la noirceur brute du drame. Dommage...