Le règne du roi Henri III (Denis Manuel). Le
malheureux "Henriquet", comme le surnomme insolemment son "fou", Chicot
(Michel Creton), est affligé. L'un de ses mignons préférés, Monsieur de
Saint-Luc (Jean-Louis Broust) vient de se marier. Son frère, le duc
d'Anjou (Gérard Berner) complote pour s'accaparer la couronne. Le duc
de Guise cherche à reformer la Ligue et à édifier une seconde
Saint-Barthélémy. Le roi de Navarre vient mettre son grain de sel dans
tout ce foutoir ! Pendant ce temps, Louis de Clermont, comte de Bussy
(Nicolas Silberg), gentilhomme au service du duc d'Anjou, devient
follement amoureux de la belle Diane de Méridor (Karin Petersen),
épouse accablée du roué Brian de Monsoreau (François Maistre), grand
veneur du royaume, et convoitée par François d'Anjou...
Alexandre Dumas a composé nombre de chefs-d'oeuvre. Si l'on
place à part "Le comte de Monte Cristo" qui est, pour moi, l'apothéose
de son auteur et du roman en général par sa perfection narrative,
scénaristique et par son élévation quasi mystique, quatre ou cinq
ouvrages se partagent le second rang. Il y a "Vingt ans après", "Le
vicomte de Bragelonne" et surtout cette "Dame de Monsoreau".
Les quelque 900 pages s'équilibrent d'une manière harmonieuse et fluide
entre l'aspect passionnel (l'idylle entre Bussy, personnage de grande
allure à la noblesse de coeur innée et la douce Diane est, à mon sens,
beaucoup plus envoûtante que celle de d'Artagnan et de Madame
Bonacieux), l'aspect historique (les complots de Guise et Anjou
découverts par Chicot sont un grand moment) , l'aspect humoristique (le
personnage de Chicot, railleur, poète, aristocrate, est l'un des plus
réussis qui soient, bien supérieur au Planchet des "Trois
mousquetaires").
Ces différents ingrédients se marient avec une aisance stupéfiante et,
sous le verbe si vivant de Dumas, donnent naissance à un mets des plus
délicieux !
Les transpositions cinématographiques des ouvrages de Dumas posent
assurément de multiples difficultés, la principale résidant dans la
longueur des aventures. Il est possible, comme c'était le cas, autant
que je me souvienne, dans l'une des adaptations du "Comte de Monte
Cristo", de supprimer carrément Danglars, pourtant personnage majeur
après Edmond Dantès ! Cela reviendrait à évacuer la Cosette des
"Misérables" ou le Quasimodo de "Notre Dame de Paris"... Passons !
S'il est objectivement difficile de faire entrer les péripéties du
"Comte de Monte Cristo" dont toutes sont imbriquées sans qu'aucune soit
superflue, ou même celles de "La dame de Monsoreau" dans un film de
durée convenable, ce n'est plus le cas dans une mini-série télévisée
qui peut aisément atteindre, comme c'est le cas ici, cinq heures.
J'avais visionné cette version à l'époque de sa sortie et n'avais
conservé qu'un souvenir : celui du personnage de Chicot, joué par
Michel Creton.
Quelles impressions aujourd'hui ?
Tout d'abord un dilemme : choisir entre les deux voies d'une
alternative. Régler l'affaire en deux mots, ou étudier point par point
les aspects multiples de cette adaptation.
Dans le premier cas, ce serait : très décevant !
Dans le second cas, beaucoup de commentaires se présentent.
L'impression globale tout d'abord : c'est ennuyeux ! Et ce qualificatif
est le pire que l'on puisse appliquer à la transposition visuelle d'une
oeuvre qui vibre à chaque page de folie, d'amour, d'ironie, de poésie,
de duels, de chevauchées, d'aventures, de bons mots...
Dumas est tout, sauf ennuyeux ! Son génie réside dans un art inimitable
de donner la vie au moindre geste, à la moindre impulsion, à la plus
minime intrigue. Dans ce style inimitable que l'on reconnaît dès la
première page, presque dès la lecture du titre des chapitres !
Sur l'écran, tout est statique, compassé. Les rares duels (à
l'exception du combat final relativement réussi) ne sont même pas
dignes d'une représentation théâtrale d'amateurs. Lors des scènes
d'extérieurs, on a l'impression de voir toujours repasser devant le
champ de la caméra les six ou sept figurants que la production a pu
engager ! Nombre de scènes s'étirent en longueur et perdent toute vie.
Dans la caractérisation des personnages, quelques éléments positifs
surnagent. Denis Manuel est un Henri III judicieusement choisi et
parfaitement en situation. Il en est de même pour l'Anjou de Gérard
Berner et le Monsoreau de François Maistre. Michel Creton livre un
Chicot sympathique, gouailleur et divertissant, dont la crédibilité
m'apparaît tout de même limite.
Nicolas Silberg a noblesse et prestance qui s'adaptent
parfaitement à l'incarnation du noble Bussy, comme elles le feraient
tout aussi bien à celle d'Edmond Dantès. Mais que de rigidité dans le
jeu ! Il semble plus proche d'une statue de cire que d'un amoureux
passionné et fougueux ! Il faut ajouter qu'il n'est guère aidé, comme
ses partenaires, par une réalisation d'un académisme pesant qui plombe
le récit. Quelle tristesse que la France, patrie des mousquetaires,
n'ait jamais, à ma connaissance, réussi à livrer une oeuvre dont
l'énergie soit à l'unisson de celle des valeureux émules de d'Artagnan
! Pour dénicher cette verve et cette folie, il faut se tourner vers
l'incarnation de Gene Kelly dans le film de George Sydney, ou le
Scaramouche de Stewart Granger...
En conclusion, beaucoup de pellicule, des dialogues pauvres (excepté
dans les rarissimes occasions où le texte de Dumas est repris), une
absence de rythme chronique, une mise en scène datée et, conséquence
obligée, beaucoup d'ennui...
Mais reconnaissons au moins une qualité positive : celle d'avoir
respecté la trame romanesque (si l'on exceptez un finale abrupt et
passablement détourné) et la psychologie des personnages. Ce qui n'est
pas le cas, par exemple,du "Monte Cristo" de Josée Dayan qui, dès les
premières minutes, installe déjà, avec une affligeante gratuité, un
contre-sens majeur !