Juin
1974 en Argentine. Une jeune institutrice, Liliana Coloto (Carla
Quevedo), qui vient d'épouser depuis peu Ricardo Morales (Pablo Rago),
est violée et assassinée. La justice, représentée par Irene Menendez
Hastings (Soledad Villamil), et Benjamin Esposito (Ricardo Darin),
mènent l'enquête. Deux ouvriers du bâtiment sont arrêtés par un
collègue de Benjamin, mais ils sont innocents. C'est vers un ancien ami
d'enfance de la victime, Isidoro Gomez (Javier Godino), que se dirigent
les soupçons d'Esposito...
Un meurtre sauvage, une enquête difficile, une
période politique troublée, tout cela permettait d'attendre un thriller
aux lignes tendues, socialement engagé, voire dénonciateur des
exactions qui ont ensanglanté nombre de pays d'Amérique du Sud pendant
de longues décennies. Il n'en est rien. C'est à peine si mention est
faite des recrutements, pour le moins sordides, effectués par les
responsables du pouvoir. Mais à la place de ces éléments absents, nous
est offerte une chronique passionnelle envoûtante, doublée d'une
méditation mélancolique et désabusée sur le pouvoir mortifère de la
mémoire, de l'obsession, et de la fixation mentale dans un instantané
aussi traumatisant qu'insupportable. Cette mort horrible affecte le
mari de la victime, bien évidemment, mais son aura maléfique s'étend
sur des personnalités qui, a priori, sont étrangères au drame. Plus
d'une fois le souvenir de "Il était une fois en Amérique"
surgit, tant la coloration désespérément terne de l'estence vécue
par Benjamin évoque la vie brisée de "Noodles". Porté par
des acteurs en état de grâce, à des personnalités principales, mais
aussi secondaires, très riches, le scénario mêle habilement passé et
présent pour développer un tableau intense, authentique et poignant,
traversé de séquences foudroyantes (l'interrogatoire de Gomez), habité
par des êtres dont les obsessions, les traumatismes et les désirs
s'interpénètrent en permanence, sans qu'ils en soient réellement
conscients. Des êtres en apparence faibles, parfois pitoyables , et
pourtant capables de faire surgir l'étincelle de lumière ou de
sacrifice qui dormait au tréfonds de leur âme.
Une oeuvre qui, sous ses dehors de modestie et de classicisme, révèle des trésors de puissance émotionnelle.
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