Mark (Iain Glen) et sa femme
Maria (Lena Olin), infirmière, quittent les Etats-Unis pour aller vivre
dans une grande maison isolée d'Espagne, avec leurs deux enfants,
Regina (Anna Paquin) et Paul (Stephan Enquist). Dès les premiers jours,
d'étranges phénomènes se produisent. Mark, atteint d'une maladie rare,
la chorée de Huntington, présente à nouveau des crises. Le petit Paul a
des visions cauchemardesques et n'arrive pas à dormir. Regina confie
ses angoisses à son ami Carlos (Fele Martinez). Seul le père de Mark,
Albert Rua (Giancarlo Giannini), médecin, dans le service duquel Maria
travaille, ne semble guère éprouver d'inquiétudes...
Dès le commencement, un générique sur fond d'images brisées, hachées,
zébrées de bruits infernaux, on sait à peu près à quoi s'en tenir. Le
parcours narratif de ce genre de film est quasiment immuable, codifié
pour l'éternité : une famille paisible, enfin, apparemment paisible ;
une demeure calme et sereine, enfin, apparemment calme et sereine. Puis
commence la mise en bouche qui, contrairement à ce qui se passe dans un
menu gastronomique, est souvent ce qu'il y a de plus goûteux dans le
film. D'une durée plus ou moins longue, d'une efficacité souvent
garantie, elle permet de frissonner, de sursauter, de chercher
à deviner le pourquoi du comment, avant que n'éclate le bouquet final,
qui, trop souvent, vient casser, par sa stupidité ou sa
gratuité, toute la construction qui avait été mise en place pour son
apothéose.
Dans le cas
présent, cette mise en appétit est conforme à ce que l'on est en droit
d'attendre, c'est-à-dire une routine rodée par des décennies de films
fantastiques ou horrifiques : pluie incessante, décors sombres, orages,
zébrures sanglantes, visions cahotiques (qui ne sont pas sans évoquer
la référence incontournable du genre, à savoir "Shining"), électricité
vacillante... Puis se dessine peu à peu l'explication de tous ces
morceaux de puzzle. Reconnaissons au moins un mérite au réalisateur :
il a su maintenir son histoire dans un cadre raisonnable, sinon
logique, ne sombrant jamais dans le grand-guignol ou les délires
psychédéliques. En revanche, il est tout aussi évident que rien dans
cette oeuvre ne se révèle particulièrement original ou envoûtant. Le
spectateur a l'impression, justifiée, d'avoir assisté cent fois à ce
déroulement d'événements conformes à la tradition
occulto-magico-satanique. C'est du bien ficelé, doté d'une ambiance
assez suffocante pour tenir en apnée du début à la fin (sobre et
maléfique à souhait), et fort convenablement habité par des personnages
aussi ambigus qu'inquiétants. Anna Paquin, révélée dans "La leçon de piano", arborant un visage
toujours aussi ingrat, tient efficacement son rôle d'adolescente
traumatisée. Iain Glen et Lena Olin sont tous deux également
convaincants. Dans sa globalité, l'histoire demeure tout de même
terriblement convenue, aussi bien dans son traitement visuel que dans
son évolution dramatique...