La même année que "Blueberry",
sortait ce documentaire consacré au parcours initiatique vécu par Jan
Kounen auprès de Shamans utilisant l'Ayahuasca pour modifier les états de
conscience et visiter "d'autres mondes". Dans son récit, le réalisateur
nous apprend qu'il a effectué une centaine de "séances", ce qui
explique sans peine la passion qu'il manifeste dans cette enquête
mi-scientifique, mi-ésotérique. Il est important de préciser, ce qui
est d'ailleurs fait par un des pharmacologistes interviewés, que la
plante, ou plutôt le mélange des deux plantes utilisées ( la première :
l'ayahuasca elle-même, dont le but est d'annihiler les enzymes
digestifs qui, sans elle, détruiraient la seconde : la chakruna, seule
efficace pour atteindre la transe ), ne procure aucune accoutumance.
Le récit se partage donc en trois parties dont les séquences
s'imbriquent continuellement : les enseignements scientifiques, fort
intéressants ; la pratique des séances, l'invocation des esprits ; et
les "visions" intérieures que Jan Kounen avait déjà tenté
d'insérer dans son "Blueberry". L'ensemble est sans conteste
passionnant, surtout pour celui qui cherche un moyen de court-circuiter
les cinq sens, plus que limités, afin de résonner avec des gammes de
vibrations non perçues par nos organes réceptifs. Comme l'explique un
des intervenants, ces états de conscience modifiés permettent de
visiter des réalités non perceptibles à la science, ou à l'homme dans
sa conscience objective. Grâce à l'Ayahuasca, le corps
physique a la capacité de se rendre dans le monde "spirituel"
sans passer par la mort ! Incidemment, on apprend d'ailleurs, non sans
une certaine surprise, que Kary Mullis, prix Nobel de chimie en
1993, a reçu la vision de sa découverte sous LSD !
Malgré tout, il est possible de regretter que Jan Kounen n'aborde que
de très loin l'aspect réellement initiatique de cette pratique. Les
nombreuses visions qu'il nous offre sont d'un intérêt relativement
restreint pour celui qui ne les a pas expérimentées directement, et
l'évolution intérieure de l'être, qui doit nécessairement
s'instaurer progressivement, est laissée sous silence. Dommage...