Thomas Seyr (Romain Duris)
magouille dans l'immobilier, en tant que marchand de biens, en
compagnie de Fabrice (Jonathan Zaccaï), qui trompe sa femme, Aline
(Aure Atika) allègrement, et de Sami (Gilles Cohen). Son père, Robert
Seyr (Niels Arestrup), veuf depuis des années, envisage de se remarier
avec Chris (Emmanuelle Devos). Un soir, Thomas aperçoit un certain M.
Fox (Sandy Whitelaw), qui était, jadis, imprésario de sa mère, Sonia,
pianiste. Il se fait reconnaître de lui et décide de reprendre des
leçons, afin de passer une audition. Il commence à travailler
l'instrument sous la houlette d'une jeune femme orientale, Miao Lin
(Linh Dan Pham), qui ne parle pas français...
Tout comme c'était le cas pour son précédent film, "Sur mes lèvres", Jacques
Audiard ne joue pas dans le brillant ou le sympathique immédiat. Mais,
alors que la confrontation de Paul et de Carla se développait
matériellement et émotionnellement jusqu'à provoquer chez le spectateur
un mélange d'attention et de compassion, les individualités et
relations intérieures que le réalisateur nous offre ici, laissent de
marbre. Thomas est un hyper-nerveux, un angoissé agressif parfaitement
antipathique. Cela ne serait pas un handicap en soi, si le parcours
évolutif de sa personnalité générait un magnétisme vibrant. C'est loin
d'être le cas. L'interprétation exceptionnelle que donne Romain Duris
de ce jeune homme rêvant de quitter le monde de brutes dans lequel il
se noie, afin d'entrer en harmonie avec l'univers artistique dans
lequel baignait sa mère, n'est pas en cause. Jacques Audiard a choisi
de le faire évoluer dans une atmosphère lourde, poisseuse,
perpétuellement tendue, dans laquelle même les séquences de musique
sont un combat contre le destin. L'environnement humain n'est pas plus
favorisé. Le père de Thomas est un vieil obèse méprisant, égoïste, qui
charge son fils des basses besognes qu'il est incapable d'exécuter.
Fabrice est un sombre salaud, Minskov (Anton Yakovlev), une authentique
crapule. Quant à Chris ou Aline, elles ne brillent guère par leur
rayonnement. Seule Miao Lin échappe à la sinistrose générale, sans pour
cela devenir une source réellement lumineuse.
Le plus regrettable, à mon sens, n'est pas tant cette propension à la
noirceur généralisée. Elle est tout à fait capable de donner naissance
à des émotions profondes, viscérales. Ce qui me paraît stupéfiant, et
d'autant plus étonnant que l'appréciation très enthousiaste de la
grande majorité des critiques me laissait augurer une oeuvre poignante,
est de n'avoir ressenti que de l'ennui devant cette suite de scènes
pourtant fortes dans leur essence. A l'extrême limite, il serait même
possible de dire que le destin de Thomas ne m'intéresse en aucune
manière ! Peut-être existe-t-il une porte d'entrée vers son humanité
intérieure que je n'ai pas découverte. Pour celui qui est sensible à la
création d'une atmosphère sombre, à une mise en scène qui agence avec
fluidité les composantes complexes des rapports humains, filiaux, qui
explore avec sécheresse, violence, des personnages acides, usés,
fragiles, l'enthousiasme est incontestablement au bout de la route.
Peut-être le découvrirai-je lors d'une prochaine vision...