Une huitaine d'amis ont prévu de passer le
week-end ensemble dans un chalet campagnard. Tandis que les hommes
s'emploient à mitonner les plats, les femmes travaillent leurs
abdominaux dans un club de gym citadin. Les uns et les autres profitent
de l'absence des conjoints pour échanger leurs confidences
sentimentales, amoureuses, sexuelles et psycho-philosophiques. Lorsque
tous sont réunis, les brillantes apparences voient des fêlures et des
lézardes apparaître...
C'est avec une justesse de ton et un naturel confondants ( qui fait
ressembler les soi-disant improvisations Lelouchiennes à des tirades
aussi artificielles que savamment préméditées ), que Denys Arcand peint
ses personnages aux couleurs de la vie, avec ses joies, ses futilités,
ses égoïsmes, ses fantasmes, ses douleurs. Sans complaisance, mais
toujours avec une tendresse et une sensibilité émouvantes. Le rire, la
jubilation, la tristesse s'entremêlent dans un ballet verbal qui sait
ne jamais être pesant tout en livrant une analyse subtile des fêlures
que cachent ces personnages qui se prétendent libérés et adultes. Le
spectateur a l'impression qu'une fenêtre s'est ouverte et qu'il
assiste, invisible, à la discussion de compagnons familiers, qu'il
connaît depuis toujours, qui revêtent chacun l'apparence d'une qualité
qui vit au fond de son être. C'est une sensation à la fois
délicieuse et inconfortable, comme si nous étions confrontés aux zones
d'ombre et de fragilité que nous dissimulons du mieux possible aux
regards extérieurs et même aux nôtres.
Tous les acteurs de cette comédie dramatique, Canadiens, sont
remarquables de spontanéité, d'exaltation, de sensibilité à fleur de
peau, avec une mention particulière au tandem Louise (Dorothée
Berryman) - Rémy (Rémy Girard), qui est en quelque sorte le pivot
dramatique autour duquel gravitent les autres couples. L'accent
délicieux, bien que parfois délicat à dépasser pour la bonne
compréhension des dialogues (le Mario de Gabriel Arcand !), contribue
encore au charme de ces scènes vivantes et profondément humaines.
Et c'est le cœur serré et les larmes au bord des yeux que l'on quitte
cette réunion dont aucun membre ne sort indemne et qui voit la brisure
inexorable d'un couple qui se croyait au-delà de la souffrance et ne
connaîtra plus jamais la sérénité.