Quatre amis, Lewis Medlock (Burt Reynolds), Ed Gentry (Jon
Voight), Bobby Trippe (Ned Beatty) et Drew Ballinger (Ronny Cox) ont
décidé de descendre en canoé une rivière sauvage qu'un futur
barrage transformera bientôt en un gigantesque lac. Tout se passe
bien jusqu'à ce que Bobby et Ed, qui ont distancé leurs compagnons,
se trouvent face à face avec deux énergumènes pour le moins
demeurés. C'est le commencement d'un long cauchemar...
Cette oeuvre mythique, qui a véritablement fait connaître John
Boorman, dix ans avant "Excalibur", se rapproche beaucoup
plus de "La Rivière sauvage"
que des films de dégénérés que le cinéma pond régulièrement, du
genre "Détour mortel" ou
"La Colline a des yeux",
qui n'ont pour but que d'accumuler avec sadisme et complaisance, les
cadavres et les horreurs. Mais, bien plus encore que dans "La
Rivière sauvage", dont le but était principalement de
construire un suspense policier sur fond de paysages hostiles, la
tragédie intérieure tient ici un rôle primordial. John Boorman
semble n'introduire qu'à regret les assaillants, limitant le plus
possible leur intervention belliqueuse, pour concentrer son
exploration sur l'impact mental et émotionnel que les
événements génèrent sur les personnalités.
Ici, nous sommes en présence, non d'un thriller aux atrocités
soigneusement programmées et surdosées, mais d'un drame authentique,
dans lequel l'homme lutte davantage contre sa peur et sa conscience
que contre les agresseurs menaçants qui le guettent. Si l'on excepte
la scène dans laquelle Ed et Bobby subissent les exactions des deux
malades, l'ensemble de la narration se concentre sur les rapports
entre l'humain et les deux natures : celle qui est extérieure à lui,
magnifiquement filmée, menaçante, dangereuse, mais toujours
majestueuse ; et celle qui le baigne intérieurement, secrète,
anxiogène, sombre et tourmentée. La force brutale et le machisme,
symbolisés par Lewis, qui, en fin de compte, quoi qu'il dise, aime
davantage le risque que la nature pour elle-même, ne sortent pas
victorieux de l'épreuve. Celle-ci fait peu de cas des orgueilleux, et
ce sont en fait les deux personnalités les plus fragiles ou
angoissées, qui se tirent le moins mal du drame. John Voight se
montre d'une subtilité et d'une sobriété profondément
émouvantes.
Sobriété et dignité sont les qualités dominantes de cette oeuvre
inoubliable.