La
petite station balnéaire située sur l'île d'Amity Island, s'apprête à
fêter dans la joie l'anniversaire du 4 juillet, et à recevoir, en cette
occasion, un flot de touristes attirés par la baignade. Mais l'avant
veille, une jeune fille, Christine Watkins (Denise Cheshire) est
retrouvée déchiquetée sur la plage. L'autopsie du médecin local révèle
que le responsable est un requin. Aussitôt, le responsable de la police
locale, Martin Brody (Roy Scheider), ordonne d'interdire l'accès aux
plages. Mais le maire de la ville, Larry Vaughn (Murray Hamilton), ne
l'entend pas de cette oreille. Bien décidé à ne pas provoquer la fuite
des touristes, il oblige le médecin a changer ses conclusions. Les
plages ouvrent à nouveau, tandis qu'un spécialiste des squales, Matt
Hooper (Richard Dreyfuss), appelé par Brody, arrive.
Premier d'une série dont les suites se montreront plus pitoyables les
unes que les autres. Le volet 4 figure d'ailleurs, sur IMDB,
dans le groupe "envié" des 50 pires navets... Roy Scheider aura
l'intelligence de quitter le "navire" après la seconde aventure. Bref,
cet original, dirigé brillamment par Steven Spielberg, demeure, trente
ans après, d'une puissance évocatrice incontestable. A partir d'une
trame basique, que l'on reverra en de multiples occasions dans les
films catastrophes (le combat d'un scientifique ou d'un spécialiste,
pour faire entendre raison à ceux que l'intérêt rend sourds...) ("Volcano", "Le Pic de Dante"...), le
réalisateur construit, avec simplicité et sans effets spectaculaires
(mis à part le final impressionnant !), un modèle d'angoisse
paroxystique programmée et de suspense tétanisant. L'humour contribue
paradoxalement à cette montée en puissance du drame (la séance
hilarante des expositions de balafres entre Quint (Robert Shaw) et
Hooper. Précurseur immédiat du récit poignant que fait Quint de sa
survie après l'envoi de la bombe sur Hiroshima, qui, lui-même précède
le duel final avec le monstre, il permet de propulser la conscience du
spectateur dans l'abîme du léger et du superficiel, pour mieux le
catapulter, dans la minute qui suit, vers l'horreur et la mort. Un
grand art dans la construction ! Simplicité, efficacité et magnétisme.
Dans la catégorie (intelligente) des prédateurs monstrueux, ce "Jaws"
tient une place de choix. Mais, dans un registre infiniment moins
brillant, il serait injuste d'oublier le récent "Open Water", qui, à partir
d'une histoire malheureusement vécue, génère une angoisse tout aussi
bouleversante.