Nathanaël (Daniel Day-Lewis)
a perdu toute sa famille à deux ans et a été recueilli par Chingachgook
(Russell Means), un Mohican. En 1757, les Anglais et les
Français, commandés par Montcalm (Patrice Chéreau) sont en pleine
guerre. Le colonel Munro (Maurice Roëves) est assiégé dans le fort
qu'il défend avec ses hommes et des miliciens enrôlés contre la
promesse qu'ils pourraient quitter l'armée et retourner sur leur terres
si celles-ci étaient attaquées. Les deux filles du colonel, Alice
(Jodhi May) et Cora (Madeleine Stowe) sont en route pour rejoindre leur
père, mais leur escorte dirigée par le Major Duncan Hayward (Steven
Waddington) est attaquée par les Hurons de Magua (Wes Studi) et elles
ne doivent leur salut qu'à Nathanaël. Il les conduit dans le fort mais
voit le colonel refuser de laisser partir ses amis miliciens, bien que
certaines de leurs fermes aient été brûlées. Il les aide alors à
s'enfuir, mais est incarcéré pour rébellion...
Il y a,
quelquefois, des ouvertures de films qui laissent présager une réussite
majeure. Des osmoses entre l'image et la musique qui marquent
durablement la mémoire émotionnelle. Dans le cas du "Dernier des
Mohicans", les trois premières minutes du prologue sont une sorte de
miracle qui, par bonheur, se perpétue durant les cent minutes
de l'oeuvre. Cette sourde mélopée qui débute pianissimo, pour s'enfler
progressivement et déboucher sur la simple et sublime mélodie, tandis
que le regard découvre les montagnes embrumées, est tout bonnement d'un
lyrisme envoûtant.
Qu'y a-t-il dans cette
oeuvre ? De la guerre, du sang, de la fureur, de la grandeur, de
l'amour, du sacrifice, la mort qui règne en maîtresse... A vrai dire,
rien de très original. Ce sont là les lieux communs de quatre vingt dix
neuf pour cent de la production cinématographique ! Alors, à quoi tient
l'exceptionnelle réussite de Michael Mann ? Je crois qu'elle peut se
résumer en très peu de mots : authenticité, noblesse et sobriété.
Le superflu est totalement
absent. Le peu qui est dit est en symbiose avec ce qui est vécu.
Lorsque Chingachgook prononce les paroles d'adieu à son fils mort, ce
sont celles qui auraient pu sortir de la bouche d'un guerrier indien du
dix-huitième siècle. Lorsque les mots n'ont plus lieu d'être, parce que
l'urgence commande le geste incisif (par exemple la seconde où
Nathanaël se jette dans la chute torrentielle pour permettre la survie
de Cora), la puissance d'un regard est là pour exprimer tout ce que le
cœur renferme. Le bien et le mal se fondent en une tragédie poignante
dans laquelle l'amour est tour à tour victime et vainqueur.
Une des clés de cette
réussite tient aussi au choix de l'acteur Daniel Day-Lewis pour
incarner ce personnage pacifique soudain exalté par la passion. Acteur
est d'ailleurs, en l'occurence, un mot impropre, tant il vit ce drame
et nous fait partager son désespoir.
Une merveille qui,
malheureusement, n'est paraît-il pas la version montée par Michael
Mann. Celle-ci n'existe actuellement que sur le DVD zone 1 américain !