Les
saisons de la vie d'un des derniers trappeurs dans le Yukon canadien...
Documentaire fictif ou fiction documentée ? A vrai dire, ni
vraiment l'un, ni vraiment l'autre. Certes, Norman Winther, qui se
raconte vaguement en voix off, est un authentique trappeur. Cela étant,
ce qui nous est montré ne nous apprend pas grand chose sur sa vie, son
intimité, ou son ressenti devant les innombrables et cruels dangers qui
guettent chaque geste ou pas dans ce monde glacé et peuplé uniquement
de bêtes sauvages. On assiste à une kyrielle de voyages en traîneau
à chiens, à des allers et retours entre la cabane où demeure en
permanence sa compagne Indienne, la ville de Dawson, et les terrains de
chasse, à quelques conversations banales entre les rares
personnages humains qui se croisent ("comment ça va les chiens
?", "Combien de peaux cette année ?")... On a droit à
des considérations encore plus banales, voire fumeuses, sur
l'écosystème, du type : "nous sommes là pour maintenir
l'équilibre", "il faut prélever sans appauvrir"... Ce
n'est pas réellement enthousiasmant, d'autant plus que le ton sonne
particulièrement maladroit et non crédible.
Quelques (rares) moments, théoriquement forts, prennent place : la
rupture de la surface du lac gelé, le passage difficile de la rivière
à cheval. Mais, là encore, le prétendu naturel du documentaire est
mis à mal par une manifeste préparation soigneuse (une caméra filme
sous l'eau les jambes du cheval apeuré ! Bonjour l'authenticité
spontanée !). Heureusement, les paysages somptueux, la symphonie des
coloris végétaux, l'harmonie de ces immensités vierges, la féerique
aurore boréale, sont un régal pour l'oeil du citadin emmuré dans ses
tours de béton. La lecture du générique final, avec sa ribambelle de
"dresseurs de chiens", "dresseurs de loups",
"dresseurs d'ours" etc..., laisse à nouveau un goût étrange
de vrai-faux reportage. Comme aurait pu le dire Louis Jouvet :
"Blizzard, blizzard"...